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Élodie Lenoir : “Suis-je un homme ou une femme ?”

Publié le 13 octobre 2018

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Cette jeune femme de 29 ans a découvert à l’âge de 15 ans qu’elle n’avait pas d’utérus, possédant un chromosome différent. Aujourd’hui mariée, elle souhaite adopter un bébé.

«J’étais une petite fille comme les autres.

Mes premières questions sont arrivées lorsque j’ai eu 11-12 ans.

À cette époque, certaines copines de classe commençaient à avoir leurs règles et moi, je ne voyais rien venir.

Au fil des ans, je suis devenue impatiente mais pas vraiment inquiète.

J’avais juste hâte d’être comme tout le monde.

Un matin, mes parents nous ont appelées, ma sœur cadette et moi, dans la cuisine, pour nous révéler que ni moi ni ma sœur n’avions d’utérus à la naissance.

Ce qui signifiait qu’on ne pourrait ni l’une ni l’autre enfanter.

Sur le moment, on ne réagit pas trop.

Nous étions abasourdies mais pour des adolescentes de 15 ans, cette nouvelle n’avait pas d’incidence sur notre vie quotidienne.

Anomalie

Une semaine après cette révélation, j’ai tout de même pris rendez-vous avec le gynécologue pour faire une échographie qui a confirmé cette absence d’utérus.

C’est là que j’ai vraiment réalisé et compris l’implication que cela aurait dans ma vie future.

Petit à petit, j’ai commencé à perdre confiance en moi.

Je ne savais pas trop quelle existence une femme comme moi arriverait à mener sans pouvoir avoir d’enfant naturellement.

Je me suis posé mille et une questions.

J’ai commencé à avoir peur de l’avenir.

J’éprouvais une angoisse de ne jamais trouver de garçon qui m’accepterait telle que j’étais, c’est-à-dire avec un corps de femme mais sans la matrice qui permet de donner la vie.

Voulant en savoir plus, j’ai découvert que j’étais atteinte du syndrome d’insensibilité à une hormone qui s’appelle la testostérone.

Ce qui concerne environ 600 cas en France.

Si j’ai un corps de femme, mon patrimoine génétique est celui d’un homme.

Je suis XY.

Cette hormone interagit avec beaucoup d’organes mais on peut vivre sans…

La preuve !

Pendant deux ou trois ans, j’ai eu beaucoup de mal à m’accepter.

J’ai réalisé que, comme j’avais un génome XY, j’aurais normalement dû être un garçon.

En fait, je suis victime d’une anomalie génétique.

À l’âge de 18 ans, je me sentais anormale, même si je n’avais aucune manifestation extérieure de ma différence.

Seul point peut-être identifiable par les autres : je n’avais pas de poils.

D’autres questions plus existentielles m’ont assaillie vers l’âge de 22 ans.

Je n’arrivais pas à trouver ma place dans la société.

Étais-je finalement une vraie fille comme les autres ?

Ou un garçon contrarié ?

Qu’est-ce qui faisait de moi une femme ?… 

Ne trouvant pas de réponse, j’ai sombré dans la déprime puis dans la dépression.

Ce qui a abouti à une tentative de suicide.

Dès que cela n’allait pas avec mon petit copain d’alors – qui est par la suite devenu mon mari –, j’avais l’impression que plus personne ne voudrait de moi.

Heureusement, j’ai consulté un psychiatre.

Et puis, au fil des mois, je me suis aperçue que mes vrais amis n’avaient jamais changé ni d’attitude, ni de regard face à moi.

Tous me considéraient comme la fille que j’avais été pendant toute ma jeunesse.

Cela m’a aidé à me reconstruire.

Rassurée

Le soutien de mon petit ami, que j’ai épousé il y a cinq ans, m’a aidée et rassurée.

Et progressivement, j’ai élaboré d’autres plans de vie.

Après tout, il y a beaucoup de femmes dans ce monde qui ne peuvent pas avoir d’enfants pour une raison ou une autre.

Depuis deux ans, nous avons lancé une procédure d’adoption car nous avons toujours l’espoir de fonder une famille.

Bien sûr, comme toutes les jeunes filles, j’aurais eu envie de porter mes enfants.

Mais comme cela n’est pas possible, je me suis fait une raison et suis d’ailleurs aujourd’hui très à l’aise avec cela.

J’ai appris à accepter ma différence.

Dans ma tête, je ne me dis plus que je suis victime d’une malédiction ! » 

Telle que tu me vois
(Éditions de La Martinière).

Alicia COMET

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