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“Espion retraité, je suis devenu magnétiseur”

Publié le 11 février 2014

Serge Bayart, Sauvian (Hérault)

Cet ancien officier de renseignement, qui a vu mourir Pol Pot, se considère aujourd’hui comme “un relais entre le ciel et les humains ici-bas”.

« Mon parcours peut paraître atypique. J’en ai effectivement surpris plus d’un dans mon entourage quand j’ai annoncé que je mettais un terme à ma carrière de militaire spécialisé dans le renseignement, pour devenir magnétiseur guérisseur. Deux mondes pourtant totalement opposés. J’ai toujours eu le goût de l’aventure. Cela vient sans doute du fait que ma mère est décédée très tôt, peu avant ma majorité. Je suis alors entré dans un régiment d’engagés. Je pensais à l’époque que c’était le meilleur moyen de voir du pays, de répondre à l’appel des grands espaces.

Après un an de formation, je me retrouve sous-officier à 19 ans, et intègre le 13e régiment de dragons parachutistes (RDP), spécialisé dans le renseignement. En pleine guerre froide, nous avions notamment pour vocation d’intervenir derrière les lignes ennemies.

En Somalie lors de l'opération Restore Hope en 1992
En Somalie lors de l'opération Restore Hope en 1992

Terrain

Ensuite, tout s’est enchaîné très vite. Mes premières missions m’ont d’abord conduit en Afrique, notamment en Mauritanie, où des expatriés français avaient été enlevés en 1977. Deux ans plus tard, je suis envoyé en Centrafrique durant la chute du dictateur Bokassa. Après être passé adjudant, j’intègre une unité opérationnelle. Pendant quatre ans, j’ai eu le plaisir de me retrouver au cœur de missions captivantes, dans le monde entier.

En près de trente ans de carrière, j’ai effectué des missions spéciales dans les Balkans, en Somalie ou au Cambodge. J’ai travaillé au sein de l’ONU comme officier dans un service de renseignement et assisté à la chute du mur de Berlin, avant de terminer ma carrière à Paris au ministère de la Défense, toujours spécialisé dans le contre-espionnage. Je garde plein de souvenirs sur le terrain, comme ce jour de 1998 où j’assiste en cachette à la mort de Pol Pot, prisonnier de ses Khmers rouges. Officiellement, il serait mort d’une crise cardiaque. Je pencherais plutôt pour un assassinat…

Derrière le rideau de fer en 1985
Derrière le rideau de fer en 1985

Don

Vers la cinquantaine, je décide de m’engager dans le privé, en tant que consultant pour des groupes français souhaitant protéger leurs intérêts à l’étranger. Autant dire qu’avec tous ces déplacements, ma vie de famille n’a pas été simple. Marié très jeune, puis divorcé, j’ai aujourd’hui une fille de 36 ans qui a récemment fait de moi un grand-père. Si j’ai longtemps été éloigné de la maison, je ne regrette absolument rien. Je me suis toutefois toujours fixé une limite : 55 ans. Un âge que je considérais comme idéal pour changer radicalement d’existence et poser enfin mes valises.

Sur le coup, ça n’a pas été évident. Mais mon nouveau projet a vite pris le dessus. Tout au long de ma carrière, j’étais en quête de spiritualité et j’avais acquis des connaissances en théologie. Juste pour le plaisir. Ça me permettait de me raccrocher à des valeurs morales grâce auxquelles je m’épanouissais et qui donnaient un sens à ma vie. Une fois à la retraite, j’ai éprouvé le besoin de les traduire en actes.

Mission au Nigéria en 2005
Mission au Nigéria en 2005

Je suis retourné voir une guérisseuse rencontrée par hasard, longtemps auparavant. À l’époque, elle m’avait dit que j’avais un don. Je n’y croyais pas trop, d’autant plus que ce n’était absolument pas compatible avec le métier que je faisais. Je l’ai toutefois laissée m’apprendre quelques méthodes de rebouteux et de radiesthésie. C’était mon jardin secret. Seuls mes proches étaient au courant et certains profitaient de mes “dons”. Les résultats étaient plutôt positifs. L’idée de ma reconversion m’est ainsi venue naturellement.

À 60 ans, j’ai aujourd’hui un cabinet dans le Sud qui marche assez bien. Pour me faire une clientèle, je privilégie le bouche-à-oreille. Au début, mes anciens collègues se moquaient gentiment de moi. Finalement, après leur avoir relaté certaines anecdotes, ils ont révisé leur jugement.

Au Cambodge en 1998
Au Cambodge en 1998

Pendule

Il m’est par exemple arrivé de retrouver, avec un pendule, une personne recherchée depuis plusieurs jours par la police, ou de guérir “miraculeusement”, par apposition des mains, de nombreux patients pour qui la médecine ne pouvait plus rien faire. Étant très croyant, je considère que je suis un relais entre le ciel et les humains ici-bas. Je pense avoir été choisi pour aider mon prochain. Dans l’armée, j’avais déjà cette idée en tête. Je retrouve ce même sens du devoir dans ma nouvelle profession.

Après avoir servi mon pays, je continue de servir les gens en essayant de les soulager. »

Philippe Callewaert

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