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“Et dire que j’étais hémiplégique…”

Publié le 25 mars 2013

Victime d’un accident à 6 ans, il était à moitié paralysé et les médecins lui laissaient peu d’espoir d’évolution. Pourtant, trente ans plus tard, à force de volonté, il est devenu triathlète.

« Ma vie a basculé à 6 ans. Victime d’un grave accident de la route le 8 mars 1984, un traumatisme crânien m’a plongé dans un coma profond durant quinze jours. À mon réveil, j’étais hémiplégique. La partie gauche de mon cerveau ne pouvait plus rien commander au côté droit paralysé. Je suis resté hospitalisé pendant dix-huit mois…

Jean-Paul, mon père, était au volant et s’est senti terriblement coupable. Je n’ai jamais éprouvé de rancune ni de colère envers lui, et Nicole, ma maman, non plus. La vision de ce petit garçon intubé, tout frêle sur son lit, a pourtant bouleversé tous mes proches. De mon côté, mon mutisme total m’empêchait de communiquer avec mes parents. Au fond de moi, j’étais très inquiet. Je me sentais comme une loque humaine. Je ne tenais ni assis ni debout. Et puis, un déclic incroyable s’est produit : en entendant mon père me parler, quelque chose s’est libéré en moi, et j’ai prononcé mon premier mot : “pa-pa”.

Cinq semaines après l’accident, je suis transféré dans un centre de rééducation près de Bordeaux. Cet établissement aide les traumatisés à se réadapter à la vie sociale. À 6 ans, je suis dans un triste état. J’ai l’œil droit fermé, une fracture au coude gauche, une entorse à la colonne vertébrale, je ne marche pas et je suis incontinent. Ma semi-paralysie faciale complique les gestes du quotidien, comme manger ou m’exprimer !

Ténacité

Avec Arnaud, un copain, on a inventé des courses d’obstacles en fauteuil roulant. Mais nos journées sont surtout rythmées par les soins, les séances d’orthophonie et de psychomotricité. Un instituteur nous réapprend toutes les bases, et François, le kinésithérapeute, nous stimule avec sa devise : “Faites 100 % du possible.” Déjà, je suis très motivé. En juillet de cette année 1984, les jeux Olympiques d’été se déroulent à Los Angeles, et François invente les Maximum, nos olympiades ! Le sport réveille mon corps et a des effets régénérateurs : je deviens accro.

Au bout d’un mois, je peux passer enfin le week-end en famille. Je retrouve ma chambre et ma petite sœur Lise. Je parviens alors à ramper et à me hisser contre un mur. Je me mets debout, en me retenant par la force des bras tendus. Ce jour-là, je surprends mes parents. Je suis heureux d’avoir relevé ce premier défi. L’enfant inanimé sur le bord de l’autoroute est déjà loin. Six mois plus tard, je marche comme un pantin, mais je marche !

En septembre, je redouble mon CP et continue ma rééducation. Grâce à la ténacité de ma mère, je poursuis néanmoins un cursus scolaire normal, dans mon ancienne école. J’étais rassuré de retrouver mes copains, mais la plupart des élèves me montraient du doigt en m’appelant “le cyclope”. Leurs ricanements m’ont causé d’immenses souffrances. Tout au long de mon enfance, j’ai ainsi dû réapprendre à parler, marcher et me servir de mes mains et de mes bras, jusqu’à ce que je goûte à mon premier triathlon en 1995, avec l’association de sportifs handicapés Les copains clopants.

J’obtiens mon bac en 1996, puis un BTS force de vente. Mais le sport est devenu mon mode de vie. L’adrénaline et la motivation me poussent à aller de l’avant, malgré les douleurs. En 1997, Romain, mon coach, me donne envie de poursuivre mes défis dans les compétitions de triathlon. Le dépassement de soi me permet de passer d’un état de dépendance à une autonomie totale. Depuis 2003, je planifie un triathlon par an. Pour la course Ironman [la plus importante compétition internationale de triathlon, née à Hawaï, ndlr], je suis un plan d’entraînement de treize semaines concocté par mon coach.

Je prépare mon cinquième Ironman, qui aura lieu à Zurich en Suisse, le 28 juillet. J’aimerais descendre sous la barre des 12 heures, pour les 3,8 km de natation, 180 km de vélo et 42 km de course à pied. J’ai fait le choix, il y a deux ans, de courir avec une licence paratriathlète, tout en participant avec des valides. Grâce au soutien de mes parents, de François, Romain et de mon amie Marina, j’ai réussi. Quand je repense aux conclusions de certains bilans médicaux : “Benoît a très peu de chance d’évolution”, aujourd’hui, je suis fier de mon corps.

Grâce à Marina, j’ai même posé nu pour des peintres. Je souhaite proposer le triathlon aux handicapés et leur donner envie de se surpasser. J’ai beaucoup reçu et j’aimerais donner à mon tour. C’est pourquoi je suis président de la commission paratriathlon de la ligue d’Aquitaine de triathlon. À 35 ans, je travaille dans une banque en CDI, et j’espère convaincre une entreprise de me soutenir dans mes compétitions. Mais mon vœu le plus cher est de fonder une famille. »

Propos recueilli par Anita Buttez

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