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“Ex-voyou, je m’en suis sorti grâce à la Marine !”

Publié le 28 janvier 2014

Marius, Marseille (Bouches-du-Rhône)

Ce petit Marseillais qui enchaînait les délits a rompu avec le milieu pour rejoindre l’armée. Devenu instructeur commando, il raconte, à 48 ans, comment il s’est forgé une vie meilleure.

« Au départ, j’allais mal tourner. À la maison, j’étais insupportable. À 7 ans, je suis placé à l’Assistance publique avec des bonnes sœurs qui ignorent la tendresse. Exclu de ma famille, j’ai l’impression d’être le vilain petit canard. Mon enfance a été difficile ; mon adolescence sera cabossée. J’habite dans les quartiers nord de Marseille, puis à Vitrolles. Je me fais des copains dans la rue, en jouant au ballon, en faisant du skate. Dans la bande, on me surnomme le Nain. Pas parce que je suis le plus petit, mais le plus jeune. Très vite, je deviens une petite frappe et fais partie des marginaux de la cité. Je rêve d’une Mob, d’être libre et costaud, comme mes aînés. J’ai aussi envie de relever des défis. Alors, je commence les bêtises…

Le gamin qui était parti pour devenir un délinquant...
Le gamin qui était parti pour devenir un délinquant...

Je pique des colis dans les boîtes aux lettres, ensuite un vélo, une voiture, puis deux… ça me fait vibrer. J’ai envie de vivre comme un caïd dans le quartier. Voler, c’est un moyen de m’affirmer, en gagnant un max d’argent… Et puis un jour, ça dérape. J’ai 18 ans et je me fais tirer dessus par un policier. La trouille de ma vie. Avec cette impression que je vais mourir. Alors que le fonctionnaire a probablement tiré pour m’intimider. Quelques braquages, quelques vols avec violence encore. Au fond de moi, j’aime l’argent facile et je rêve de mener grand train : aller tous les jours au restau et en boîte, offrir des bijoux aux filles.

Tout simplement envie de flamber, de crâner. Je suis conscient aujourd’hui que ces crimes-là auraient pu m’entraîner vers le grand banditisme. Dans la rue, j’avais de mauvaises fréquentations, et du côté de ma famille, ça n’était pas plus reluisant : mon père venait de mourir, ma sœur était en prison, et ma mère ne savait plus comment gérer le voyou que j’étais devenu…

Il s'est transformé en un soldat d'élite !
Il s'est transformé en un soldat d'élite !

Changer

Ma vie bascule le jour de ma première et unique garde à vue, quand un jeune enquêteur me lance : “Je ne suis ni votre père ni votre avocat, mais je pense que chacun doit avoir une chance de changer de vie. Car si vous persistez à fréquenter vos amis et votre quartier, je ne vois que deux issues possibles : la prison ou la mort ! Je ne fais que vous donner un conseil : comme vous n’avez pas fait votre service militaire, vous devriez devancer l’appel…” Ces paroles résonnent au plus profond de moi. Je suis déstabilisé. Et s’il disait vrai ?

Je quitte Marseille et rejoins Lorient en incorporant l’école des fusiliers marins. Après avoir transpiré la rage et la haine, je découvre un nouvel univers qui m’enseigne le respect et l’honneur. Et je me porte volontaire pour le stage commando, neuf semaines d’un enfer psychique et physique à l’issue desquelles je réalise que j’ai réussi quelque chose par moi-même. Major de ma promotion, j’intègre les commandos de la marine. C’est la première fois que j’ai la sensation d’être quelqu’un de bien.

"Marius parcours commando", aux éditions Nimrod, 21 €

Rebaptisé Marius dans les forces spéciales, je porte dorénavant le prestigieux béret vert, comme 400 autres militaires d’exception en France. Et je suis envoyé de par le monde, de l’Afrique au Liban en passant par l’ex-Yougoslavie, pour des missions confidentielles. Promu instructeur commando après une longue carrière sur le terrain, je suis aujourd’hui responsable dans la sûreté privée. J’ai quitté l’armée à 40 ans. Mais c’est elle qui m’a sauvé. Je lui dois tout.

C’est la seule école où l’on peut commencer au bas de l’échelle et accéder au plus haut niveau. C’est la marine qui a permis à l’adolescent perturbé que j’étais de devenir un homme. Oui, je crois profondément que l’on peut changer son destin. »

Alicia Comet

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