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Fabienne Verdet : “Ma chatte, Fidji, est une miraculée !”

Publié le 28 avril 2019

Plus de cinq semaines après une explosion qui a soufflé son appartement à Annecy (Haute- Savoie), cette femme de 53 ans, blessée dans l’accident, a retrouvéson matou adoré de 2 ans…

«Samedi 1er décembre, à 2 heures du matin, dans mon ­sommeil, j’ai l’impression d’entendre un bruit énorme, une déflagration… Brus­quement, alors que je dors encore, je suis projetée contre le mur de ma chambre avant de retomber sur mon lit, inerte mais consciente.

Je gis là au milieu des briques et des gravats. Une fumée noire et dense se dégage du dessous… Je suffoque. Sonnée, je ne comprends pas ce qui se passe. J’essaie de m’asseoir.

Autour de moi, c’est le chaos : la poussière, les meubles éventrés, les vitres brisées. J’ai mal à la tête, au bassin. En bougeant, je touche des pieds une masse de poils soyeux. C’est Fidji, qui dormait à mes côtés avant le drame. Cette chatte abandonnée, que nous avions récupérée en septembre dernier à la SPA, ne bouge plus. Morte certainement dans l’explosion.

J’habite au second étage d’un immeuble ancien, bâti en 1938, situé au cœur d’Annecy. Cette nuit-là, mon mari, pâtissier, est déjà parti au boulot. Mon fils Théo, 14 ans, et sa sœur aînée, Manon, dorment paisiblement dans les chambres à l’autre extrémité de l’appartement quand celui-ci est littéralement soufflé par une explosion de gaz qui se produit juste en dessous de chez nous.

J’essaie d’appeler mon fils au secours. Je ne panique pas, mais je tousse abondamment dans toute cette fumée âcre, épaisse.

J’ai l’impression que ma dernière heure est arrivée. Le feu a pris dans l’appartement du dessous. J’apprendrai plus tard que ses deux occupants, deux amis octogénaires, sont décédés dans l’explosion du gaz chez eux. Un cauchemar.


Théo, qui est plutôt solide, défonce ma porte et m’entraîne dans le couloir. En même temps, il hurle à ma fille Manon (qui est trisomique) de ne pas bouger. “Je vais revenir te chercher !” lui lance-t-il. Tout va très vite. Deux voisins, Max et Anne, me soutiennent pour descendre l’escalier. Le feu dévore tout mais mes enfants sont sains et saufs. L’incendie qui a suivi la déflagration a toutefois entièrement détruit les deux appartements. Personne ne pourra rien récupérer. Je n’ai plus une seule photo de famille…

Au centre hospitalier, on me diagnostique une fracture du bassin et de la vertèbre D5. Depuis le drame, je porte un corset et souffre du dos. Alitée pendant dix jours, puis assise en fauteuil roulant, je me dis qu’il faut aller de l’avant, ne pas me laisser abattre. Et je pense souvent à Fidji, qui est morte à côté de moi, et suis traumatisée. D’un seul coup, on a tout perdu : l’appartement, nos deux voisins qu’on aimait beaucoup, et puis le chat, bien sûr, qui faisait partie de la famille.

Cinq semaines plus tard, je reçois un coup de fil du vétérinaire : une personne lui a apporté un chat avec son collier rose. Mais c’est sûrement Fidji ! Je fonds en larmes. Elle est vivante ! Au milieu de tous ces nuages, il y a finalement un rayon de soleil. “Babouchka”, comme l’appelle mon mari, est revenue… Quel bonheur !

Le fait qu’elle ait pu survivre dans cet immeuble en feu demeure un mystère. Sonnée, elle a dû reprendre ses esprits pour aller se mettre à l’abri dans un coin protégé. Elle a par la suite été recueillie par un voisin quelques rues plus loin.

Depuis qu’elle est à nouveau parmi nous – nous avons emménagé dans un autre appartement – son comportement a changé : elle n’arrête pas de miauler. Elle est devenue très proche de nous et semble très heureuse de nous avoir retrouvés. Ce choc a dû créer un lien indéfectible entre nous. Elle ronronne sans cesse, réclame des caresses. Je suis ravie aujourd’hui que nous soyons tous réunis autour de Fidji. C’est une chance inouïe qu’elle soit revenue.

Je voudrais remercier ici tous les anonymes venus à notre secours. L’entraide et la solidarité des voisins, des inconnus et des amis nous portent. Ils ont été très généreux ! L’un nous a offert un meuble, un autre, une machine à laver. Quelle bienveillance, quelle empathie ! »

Alicia COMET

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