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"J’ai créé le premier élevage de grenouilles made in France !"

Publié le 22 octobre 2015

C’est dans le Midi qu’est né le premier élevage français de grenouilles comestibles. Un produit d’excellence, bien supérieur aux surgelés importés, qui permet en plus aux rainettes de nos campagnes de continuer à coasser tranquillement. Patrice François, à la tête de cette entreprise familiale, nous parle de son métier.

"Dans la famille, on travaille le poisson. Mon grand-père et mon père étaient pisciculteurs, et je suis aujourd’hui à la tête de l’entreprise familiale aux halles Diderot à Roanne, dans la Loire. Chaque semaine, je parcours 300 kilomètres pour rejoindre mon élevage de grenouilles à Pierrelatte, dans la Drôme. C’est le premier de ce type dans l’Hexagone.

"Je suis devenu le premier raniculteur français."

C’est en 1999 que je me suis lancé dans cette aventure. J’avais appris qu’il y avait une volonté politique de développer l’aquaculture dans la région. Mais il a tout de même fallu plus de dix ans de tractations et 250 000 euros d’investissements pour pouvoir enfin démarrer cette activité en 2010. Je suis ainsi devenu le premier raniculteur français.

Tout est parti du constat que la cuisse de grenouille est un emblème de notre gastronomie : les Anglais nous surnomment les Froggies, ou mangeurs de grenouilles. Or, chaque année, si les Français consomment 800 tonnes de grenouilles fraîches sauvages, la France en importe 4 000 tonnes de surgelées qui proviennent souvent d’élevages asiatiques dont on ne sait pas grand-chose ! Par ailleurs, la réglementation sur notre territoire limite strictement les prélèvements traditionnels de ce batracien en pleine nature. Les grenouilles servies dans nos restaurants proviennent donc en quasi-totalité de l’étranger, essentiellement des pays de l’Est, d’Égypte, de Turquie, ou encore d’Indonésie. J’ai donc décidé de faire évoluer les choses. En proposant un produit de grande qualité, il est possible de toucher une clientèle de restaurateurs haut de gamme.

"Aujourd’hui, 100 000 grenouilles coassent et se reproduisent sous nos 2 500 mètres carrés de serres."

Mais élever des grenouilles n’est pas une mince affaire ! Même si les conditions climatiques sont ici idéales, il faut environ huit à dix mois pour produire une bête de cinquante grammes commercialisable. Aujourd’hui, 100 000 grenouilles coassent et se reproduisent sous nos 2 500 mètres carrés de serres. Nous utilisons une eau en circuit fermé, réchauffée par cogénération (bois et électricité). C’est grâce aux travaux des scientifiques de l’Institut national de la recherche agronomique (Inra) de Rennes que j’ai pu relever ce défi. L’espèce que nous élevons est la grenouille verte Rana ridibunda. Mais elle est issue d’une souche spéciale, baptisée Rivan 92, obtenue par sélections successives. Contrairement à sa cousine sauvage, qui se nourrit d’insectes, cette variété accepte de manger des granulés pour truites, composés de farines de poisson et d’oléagineux.

Les pratiques amoureuses du batracien ne manquent pas de piment : le mâle peut rester jusqu’à trois semaines sur le dos de la femelle avant de féconder ses œufs. Ceux-ci sont ensuite placés par milliers dans une quarantaine d’aquariums prévus à cet effet et alimentés en eau tiède de manière permanente. L’incubation, entre 18 et 20 °C, dure huit jours environ. Vient ensuite l’éclosion, suivie de l’apparition des têtards. Ces derniers sont triés au fil de leur croissance à l’aide de passoires. Mais cette espèce de grenouille adopte très tôt un comportement cannibale et mange ses congénères. De fait, seuls 20 % des nouveau-nés survivront pour se métamorphoser en grenouillettes. Il leur faudra ensuite huit mois en bacs de grossissement pour devenir adultes. Elles seront endormies par le froid, avant l’abattage agréé par les services vétérinaires. La production représente environ 4 tonnes par an, mais j’espère bien atteindre les 20 tonnes dans quelques années. »
Recueilli par Hervé Bonnot

Photos : Francis Demange

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