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“J’ai créé les restos du cœur pour les chiens de la rue”

Publié le 15 juin 2016

Sensible à la cause animale, Christophe Barlier, cet ancien SDF de 46 ans a passé une quinzaine d’années dans la rue, accompagné de sa fidèle Margot. Depuis qu’il en est sorti, il vient en aide à ceux qui vivent toujours dehors.

« Lorsque ma vie a basculé, je travaillais dans la finance comme gestionnaire de portefeuilles au Canada. Mais alors que j’étais en vacances en France, j’ai appris que j’étais licencié ! Mon patron avait détourné l’argent de l’entreprise. Tout s’écroulait.

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Comme il n’y a pas d’accord social entre la France et le Canada, je n’ai pas eu droit au chômage, seulement au RSA. Avec 500 euros par mois pour vivre quand on repart à zéro, c’est très dur. J’ai cherché un autre emploi dans la vente d’assurances au porte-à-porte. Malheureusement, ça n’a pas bien fonctionné. Par fierté, je n’ai pas demandé d’aide à ma famille, je voulais m’en sortir seul, mais on tombe vite dans un engrenage infernal.

"Quand on est sans abri, les bêtes sont le dernier lien qui nous rattache à la vie."

C’est ainsi que je me suis retrouvé à la rue. Pendant quinze ans, j’ai sillonné la France à la recherche d’une situation stable. Un jour, un ami m’a offert une petite chienne, un berger croisé. Je l’ai appelée Margot, elle est comme mon enfant. Dans les moments de galère, elle a été d’un grand soutien.

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Quand on est sans abri, les bêtes sont le dernier lien qui nous rattache à la vie. On leur confie nos peines, elles nous écoutent, on se fait des câlins. C’est de l’amour pur. On est obligé de survivre pour s’occuper d’eux. D’ailleurs, les chiens de SDF sont souvent très bien traités.

Avec les quelques euros qu’on récupère en faisant la manche, on achète des croquettes, avant même de penser à soi. Pour les humains, il y a la soupe populaire, les Restos du cœur, ou les poubelles. On peut toujours se débrouiller. Mais c’est une vie aléatoire, rude. On n’a pas toujours de quoi soigner ou nourrir nos bêtes. C’est pour cela que, depuis que j’ai réussi à m’en sortir, j’ai voulu aider ces animaux.

"Grâce aux dons, nous parvenons à prendre en charge les frais vétérinaires pour des chiens touchés par la gale ou blessés."

Grâce à l’association Les babines de l’espoir, nous récoltons des croquettes, des colliers antipuces, des jouets et peluches, des couvertures ou encore du vermifuge que nous distribuons chaque semaine dans les rues de Nantes.

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L’accueil des SDF a été très chaleureux dès le début et les gens se sont montrés très généreux. Grâce à leurs dons, nous parvenons à prendre en charge les frais vétérinaires pour des animaux touchés par la gale ou blessés.

L’engouement est tel que plusieurs antennes ont ouvert partout en France. Des bénévoles, des amoureux des animaux, parfois même d’anciens SDF souhaitent participer. En revanche, il devient de plus en plus difficile de stocker la nourriture. La mairie ne peut pas nous prêter de local, alors nous cherchons d’autres solutions auprès de particuliers ou d’entreprises qui disposeraient de place.

Par ailleurs, nous devons chaque semaine relancer les campagnes de dons. En effet les gens sont plus généreux en hiver à cause du froid, mais les chiens ont besoin d’être soignés et nourris toute l’année. Je suis fier et content de ce mouvement de solidarité.

Aujourd’hui, je vis dans une HLM et suis papa d’un petit garçon de 2 ans. Les temps sont toujours durs car je n’ai pas encore trouvé de travail fixe. Mais je suis à l’abri avec ma famille et ma fidèle Margot. C’est déjà beaucoup… »

Marine Mazéas

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