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“J’ai été femme de ménage chez les riches…”

Publié le 9 mai 2016

A 41 ans, Lydia en a passé quinze au service de nantis : banquiers, châtelains, toujours plus exigeants. Elle nous raconte la tyrannie de la sonnette, le mépris, les injures entendues en exerçant son métier de gouvernante.

« L’annonce disait : “Grand domaine dans le Var cherche gardiens”. à l’époque, mon mari et moi avions envie de changer de vie, de quitter notre Alsace pour aller travailler sur de beaux domaines.

Nous sommes partis chez nos employeurs. Lui était plutôt grand seigneur mais elle, c’était Cruella… Elle me faisait le coup du Petit Poucet : elle disséminait des noyaux de cerises, des noyaux d’olives, des bouts de coton un peu partout, au-dessus d’un placard de salle de bains, entre les pulls de son dressing, sous le tapis, uniquement pour voir si le travail de nettoyage était fait à fond.

Cette dame avait aussi la particularité de faire des crises de nerfs en cuisine. Quand elle recevait, elle était toujours sur mon dos. Rien n’était jamais assez bien. Au petit déjeuner, le beurre était trop mou, les croissants – qui arrivaient de la boulangerie – pas assez frais, le thé trop infusé, les fraises coupées en rond alors qu’elles auraient dû l’être en carré. Il fallait sortir la tasse rouge, pas la blanche. Des caprices ahurissants. Jamais satisfaite.

"Je repense aujourd’hui aux 50 vitres de 1,80 m de la magnifique bastide qu’il fallait régulièrement nettoyer avec du papier journal…"

Je suis tout de même restée six ans à son service ! Et je repense aujourd’hui aux 50 vitres de 1,80 m de la magnifique bastide qu’il fallait régulièrement nettoyer avec du papier journal…

Ensuite, nous sommes allés travailler chez une dame, près de Rambouillet, qui employait quinze personnes à l’année pour s’occuper d’elle et de son mari. Tous les matins, il fallait repasser les draps de son lit, à même le lit. Sans compter les oreillers, les traversins. Elle se focalisait sur les plis, et voulait que le linge de maison soit repassé en forme d’éventail. En plus, elle ne s’exprimait qu’en hurlant : “Je vous paie, vous faites ce que je vous demande !”, répétait-elle à l’envi.

Dans ce château, il y avait un interphone dans chacune des vingt pièces. Même dans la salle de bains. Cela lui permettait de tout vérifier en temps réel. Si “Madame” décidait d’appeler en cuisine à 9 h 50 alors que je travaillais dans une chambre, elle sonnait sur tous les postes de la propriété, jusqu’à ce que quelqu’un lui réponde…

Au bout d’un an, on a jeté l’éponge et débarqué chez ceux que j’appelle “les nouveaux riches de Picardie”, près de Soissons.

"Il nous était interdit de marcher sur les allées de graviers pour qu’on ne voie pas les traces de nos pas…"

“Monsieur nouveau riche” disait toujours : “Je n’ai pas acheté un château pour bouffer du poulet le week-end !” Mais son épouse nous recommandait de trouver des recettes au poulet car “c’était moins cher” !

Pire : il nous était interdit de marcher sur les allées de graviers pour qu’on ne voie pas les traces de nos pas… Chez les riches, on se doit d’être discret, presque invisible. Parfois même, on était payés au noir.

Aujourd’hui, je suis employée sur un domaine viticole près de Tours où je suis secrétaire et où je vends du vin. Je fais encore des ménages chez deux messieurs célibataires de la région qui sont gentils. J’ai fui les autres patrons qui n’avaient aucune considération pour moi, pour nous.

Comme je l’écris dans mon livre, je ne comprends pas comment ces employeurs en arrivent à perdre toute humanité quand ils ont beaucoup d’argent. Ces femmes richissimes s’enferment dans des prisons dorées et deviennent capricieuses, autoritaires, maniaques… »

Alicia Comet

(Ancienne gouvernante, Lydia Larcher a décidé de jeter l’éponge et témoigne dans son livre Bienvenue chez les riches, éd. Michel Lafon, de son quotidien chez « les gens biens ».)

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