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"J'ai été la prof de gym de Laurent Blanc !"

Publié le 4 mai 2011

« Lorsqu'on est enseignant, on est toujours ravi quand un ancien élève réussit une belle carrière professionnelle. Mais on est encore plus heureux lorsque ce succès s'exerce dans la matière qu'on leur a enseignée. Inconsciemment, on pense forcément qu'on a joué un rôle, même modeste, dans leur réussite. Et ça, c'est une vraie fierté ! Je peux d'autant plus facilement en témoigner que j'ai eu la chance d'être le professeur de gymnastique d'un grand sportif français : Laurent Blanc, le joueur de football émérite que tout le monde connaît, puisqu'en plus il est récemment devenu notre sélectionneur national.

En 1972, j'étais en effet en poste au collège de Salindres, dans le Gard, où il venait de rentrer en 6ème, à l'age de 11 ans. Autant le dire tout de suite, et j'espère qu'il ne me reprochera pas ma franchise : “Lolo“, comme l'appellent tous ses amis, n'était pas un très bon élève ! En français, mathématique, histoire géographie, etc., il avait des résultats tout juste moyens. Et pas parce qu'il ne pouvait pas faire mieux, car ç'a toujours été un garçon intelligent. Mais, déjà, il adorait le foot et préférait largement aller y jouer avec ses copains que de bûcher ses cours après le collège.

Par contre, dans ma matière, la gym, il était évidemment bien meilleur ! Et plus assidu ! Ce qui rendait les autres enseignants un brin jaloux... Il faut dire qu'en sport, il était déjà avantagé par un physique hors norme : plus grand et plus puissant que ses camarades, il les surpassait en force tout en étant plus rapide qu'eux ! Mais, bien sûr, c'est au football qu'il était déjà le plus impressionnant : sa conduite de balle, sa frappe et surtout son intelligence de jeu faisaient de lui un buteur très redouté. Car même s'il a ensuite fait la carrière de défenseur qu'on lui connaît, Laurent était à cette époque un attaquant. Et il ne voulait jouer qu'à ce poste car il adorait marquer. Ce qu'il a souvent fait ! A tel point que lorsque nous faisions un tournoi, les autres collégiens voulaient tous l'avoir dans leur équipe. D'ailleurs, ça se disputait parfois violemment pour y parvenir ! Et ce succès ne se démentait pas non plus chez les filles : beau garçon comme il était, il y avait toujours une flopée de jolis minois qui lui tournaient autour. Mais lui ne semblait pas plus intéressé que ça : il préférait encore courir après... le ballon.
Lorsque Laurent revient dans le village où il a fait sa scolarité, Salindres, il ne manque jamais d'aller embrasser Huguette, la prof de gym de ses onze ans.

Pourtant, sa future femme figurait peut-être parmi celles qui tentaient déjà de le séduire : Anne, avec laquelle il a eu 2 magnifiques fils, est en effet native de Salindres où elle a suivi toute sa scolarité. En tout cas, même avec toutes ses qualités, “Lolo“ n'a jamais eu la grosse tête. Au contraire, ça a toujours été un garçon simple : jamais je ne l'ai entendu se vanter ou se moquer d'un plus faible. Et même lorsque ses coéquipiers manquaient des buts immanquables, il évitait toujours de leur faire des reproches, prenant au contraire la peine de leur donner des conseils. Il a pourtant horreur de perdre ! Mais cette attitude, je pense qu'elle vient de son éducation. Car son père, ancien footballeur amateur que je connais bien, lui a inculqué les valeurs essentielles du respect de l'autre. Et de l'amitié.

Car c'est pour faire plaisir à ses copains d'enfance qu'il revient régulièrement dans son village natal, malgré son planning chargé, pour parrainer le tournoi de football local. En 1998, il en a même profité pour venir avec une des répliques de la coupe du monde qu'il venait de remporter avec les bleus, pour partager sa joie avec tous les Salindrois ! Et là, quelle disponibilité : il a dû signer des dizaines d'autographes ! Quant à moi, il ne m'a jamais oubliée. Quand j'étais encore professeur de gym et qu'il était déjà joueur professionnel, à Montpellier particulièrement, il a souvent eu la gentillesse de m'accueillir dans son club avec certains de mes élèves qui rêvaient de le rencontrer. Sans compter toutes les photos dédicacées qu'il a eu la gentillesse de m'envoyer pour mes jeunes protégés.

Mais le plus beau cadeau qu'il m'aura fait reste l'un de ses maillots, floqué d'un numéro 5 jauni par la sueur, qu'il a porté sous les couleurs nationales lors de la Coupe d'Europe des Nations de 1991. Alors, aujourd'hui, avec la tendresse que j'éprouve pour lui, je ne peux évidemment m'empêcher d'être inquiète. Car avec ses nouvelles fonctions, Laurent s'attaque à un sacré défi : toute notre équipe nationale est à refaire ! Mais en plus de s'être bien entouré, d'Henri Emile et de Fabien Barthez par exemple, je crois qu'il réussira parce qu'avec ses qualités humaines il parviendra certainement à motiver nos jeunes joueurs pour en obtenir les meilleures performances.

Alors, bonne chance “Lolo“ et reviens vite nous voir !"

Propos recueilli par Thierry Lopez

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