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"J'ai fait 20 000 km à pied"

Publié le 5 mai 2011

« Le dimanche 17 octobre dernier au matin, sur la piste de l'Institut national du Sport, à Paris, j'ai bouclé mon 640e marathon d'affilée, au bout de 365 jours de course ! Soit précisément 27 011,88 kilomètres et une moyenne journalière de 74 kilomètres à travers 25 pays de l'Union européenne. J'étais dans un état physique pas très brillant à l'arrivée avec des tendinites et des pubalgies, mais à 56 ans, c'est un peu normal ! Sollicité par les médias, je n'ai pas vraiment eu le temps de réaliser. Il a fallu, en plus, que je gère mon addiction à la course. En effet, mon corps a été habitué à courir presque deux marathons par jour depuis un an, je ne peux donc pas tout arrêter comme ça. Il me faudra bien quatre mois pour cesser complètement. J'ai usé vingt-sept paires de baskets en un an, une par millier de kilomètres. Je les garde toutes ! Depuis treize ans que je cours, c'est devenu un besoin quasi-quotidien.

Ce que je fais est accessible à beaucoup de gens, à condition de s'astreindre à une préparation rigoureuse. Avant de devenir coureur de longue distance, je travaillais dans la finance. Ensuite, mon employeur est devenu mon sponsor. J'ai toujours été très sportif. Jusqu'à 30 ans, je faisais du foot et du tennis. Après, je me suis mis à la course à pied. Entre 1997 et 2006, j'ai ainsi traversé cinq continents. Puis, j'ai décidé de m'attaquer à ce record de la plus grande distance courue en un an qui était détenu par un Indien. Ce qui me plaît par rapport aux sports collectifs que j'ai pratiqués, c'est que je n'ai plus d'adversaire en face, c'est juste un gros travail sur moi.

Aujourd'hui, je considère que j'ai deux dates de naissance : celle qui est inscrite sur mon état-civil et celle où j'ai commencé à courir. En courant, en se confrontant volontairement à la difficulté, on apprend qui on est vraiment, on se découvre un mental insoupçonné. Ça a changé ma vie. Aujourd'hui, je vis par et pour ma passion. J'aurais aimé faire une carrière de sportif de haut niveau. Je l'ai commencée à l'âge où les athlètes la terminent : 30 ans ! Il vaut mieux finir le repas par ce qu'on préfère, non ? Au moins, j'ai pu profiter de ma jeunesse.

Courir conserve physiquement et mentalement. Dans les marathons, vous trouvez des gens de 80 ans. Moi, j'ai de la chance car ma famille m'entoure, contrairement aux marins qui partent seuls faire des régates. Laure, ma femme, me suit depuis treize ans sur toutes mes courses. Mes enfants ont entre 18 et 34 ans et me rejoignent régulièrement. On forme une petite caravane sur la route avec deux véhicules suiveurs. Je ferais bien le Vendée Globe mais, quand même, on rencontre plus de gens sur terre que sur mer. Ce record, j'aurais pu le battre en courant autour de ma maison mais j'ai préféré aller à la rencontre d'autres européens. Ça a été une grande découverte avec de bons souvenirs et quelques mauvais. Je pense aux attaques de chiens errants en Grèce et en Roumanie. Là-bas, il y a déjà eu des agressions mortelles. Pour moi, c'était une vraie hantise.

Les rencontres avec des enfants restent le plus beau souvenir. J'avais décidé de courir ponctuellement avec eux, que ce soit sur 500 mètres ou 10 kilomètres et c'était merveilleux à chaque fois. A Bourges, on a fait courir 500 gamins. Je n'oublie pas non plus les splendides paysages du Pays Basque, du sud de la Grèce et de la Scandinavie. En courant, j'ai beaucoup pensé aux gens que j'aime. Je ne vais pas m'arrêter là, je prépare d'autres défis du même ordre dans l'avenir. Et, quand je ne pourrai plus courir, je marcherai. »

Propos recueilli par Benoît Franquebalme

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