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“J’ai fait d’un vieux dancing rural un célèbre cabaret”

Publié le 1 juillet 2016

À 63 ans, Pierre Meyer, cet Alsacien jovial, producteur de spectacles et pionnier du music-hall de campagne, fête les trente-cinq ans de son cabaret, le Royal Palace, une ancienne salle de bal devenue un lieu incontournable, chaque année, pour 200 000 spectateurs.

« Mon père était instituteur et ma mère tenait une auberge. Après la guerre, tous deux se sont lancés dans la construction d’un dancing. À l’époque, tous les voisins débarquaient à vélo pour venir danser la valse et le tango. Et puis, les salles de bal sont passées de mode, remplacées par les discothèques. C’est alors que j’ai pris la relève.

Au départ, en 1980, j’organisais des dîners dansants, proposant des petits spectacles avec sept ou huit artistes. Un samedi, c’était “soirée thaï”, le suivant, “soirée tahitienne”. Les gens accouraient de 200 km à la ronde dans ce qui n’était alors qu’un modeste établissement de campagne, au milieu des champs de maïs alsaciens.

Passionné par les grands shows à l’américaine, je me suis lancé un vrai défi en 1989 : produire sur une grande scène de 200 m2 mon premier spectacle, intitulé Palace cocktail show. Un numéro de music-hall au milieu de nulle part, perdu dans la campagne à 37 km de Strasbourg.

"Au fil du temps, mes petits shows ont pris de l’ampleur, jusqu’à rivaliser, sans fausse modestie, avec les plus grandes revues du Lido ou du Moulin-Rouge à Paris."

Le défi était de taille : pour rentrer dans mes frais, il fallait que je présente le même spectacle cinq soirs par semaine, six mois d’affilée. Une petite folie à l’époque. Mais ça a marché et en un an, ma clientèle a doublé.

Au fil du temps, mes petits shows ont pris de l’ampleur, jusqu’à rivaliser, sans fausse modestie, avec les plus grandes revues du Lido ou du Moulin-Rouge à Paris. Le célèbre magicien Dany Lary a fait ses premières armes chez nous. En 1994, notre spectacle a été si réussi que des producteurs de Las Vegas sont venus nous applaudir.

Deux ans plus tard, le Royal Palace ouvrait avec ses deux restaurants de mille places, et son théâtre immense. Depuis, le cabaret s’est encore agrandi avec une scène de 360 m2 et un lounge club pour les noctambules qui veulent prolonger la soirée. Une quarantaine d’artistes participent désormais à la revue. Entre ballets, extraits de comédie musicale et numéros de cirque, le public, venu de toute la France, en a pour son argent.

Quant à moi, je parcours les festivals à la recherche des meilleurs danseurs. Je sillonne le monde pour dégoter les petits génies issus des écoles de cirque, pour trouver les perles rares, mannequins, acrobates et illusionnistes talentueux, qui viendront passer dix mois dans notre campagne alsacienne.

"Je ne vis que pour le cabaret, le Royal Palace, et réinvestis tous mes bénéfices pour que le spectacle soit encore meilleur."

Aujourd’hui, nous sommes à la pointe des nouvelles technologies. On propose des spectacles uniques et qui changent chaque année, dans des décors magiques, avec l’aide d’un écran géant qui diffuse des images 3D. Nous sommes le troisième plus grand cabaret de France.

On vient nous voir comme on vient faire la route des vins ou visiter la cathédrale de Strasbourg. Les Allemands raffolent de nos revues. Les Suisses et les Belges sont friands de nos tours de magie. Et quand le TGV mettra Strasbourg à moins de 2 heures de la capitale, les Parisiens afflueront !

Je ne vis que pour le music-hall et réinvestis tous mes bénéfices pour que le spectacle soit encore meilleur. Je veux faire rêver. La clé de la réussite c’est d’étonner le public. Pour cela, il faut s’investir à 100 %.

Mon fils Mathieu, 34 ans, est déjà dans l’affaire et s’occupe de la gestion. Notre merveilleuse histoire de famille continue… »

Alicia Comet

* Spectacle « Imagine », jusqu’au 3 juillet. www.royal-palace.com

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