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“J’ai fait plier un géant du luxe”

Publié le 30 mai 2013

Plagiée par Chanel, cette orfèvre de la maille, patronne de la petite entreprise World Tricot, a décidé d’attaquer la grande maison de haute couture pour contrefaçon. Sept ans après, la justice vient enfin de lui donner raison.

« D’origine italienne, je suis arrivée en France à 6 ans. À 14 ans, je me suis fait embaucher dans une usine de Lure. Puis je me suis mariée et j’ai eu cinq enfants. Bénévole au Secours catholique français et au Comité d’entraide aux réfugiés, nous essayions de trouver un logement et un travail aux personnes en difficulté.

Un jour, j’ai pensé que le tricot donnerait un emploi à des femmes déracinées. J’ai appelé mon amie Micheline d’Emmaüs Montbéliard, pour lui demander si elle avait des machines à tricoter. Quelques mois plus tard, j’ai reçu un chèque de 20.000 francs, signé par l’abbé Pierre, puis un autre, du même montant, du Secours catholique ! C’est ainsi que l’association multiculturelle World Tricot est née, en 1987. Nous avons travaillé pour plus de cinquante maisons de  haute couture et prêt-à-porter : Balmain, Chanel, Givenchy, Hermès, Kenzo, Karl Lagerfeld, Nina Ricci, Yves Saint Laurent…

Combat

En 1998, près de 100 femmes de 13 nationalités différentes travaillaient pour World Tricot. En 2002, j’ai lancé ma propre marque, Angèle Batist, du nom de mes parents. Mais les choses ont commencé à se gâter. Les maisons de couture délocalisaient leurs productions. En 2004, Chanel, l’un de nos principaux clients, a passé une très grosse commande, puis plus rien. Un an plus tard, alors que j’étais à Tokyo pour promouvoir ma marque, j’ai découvert dans une boutique Chanel six modèles reprenant un échantillon de World Tricot, que Karl Lagerfeld n’avait pas retenu un an plus tôt.

Après avoir essayé, en vain, de régler l’affaire à l’amiable, j’ai décidé d’assigner la marque en justice pour contrefaçon. Un long combat de sept ans a alors débuté, entre David et Goliath. En 2009, la justice n’a pas reconnu la contrefaçon. J’ai saisi la cour d’appel. Notre société a été mise en liquidation en juillet 2010 et en juillet 2011, le tribunal a ordonné l’expulsion des locaux de Lure. Mais j’ai tenu bon : Chanel a été condamnée en appel en septembre 2012 à verser 200.000 euros de dommages et intérêts à World Tricot pour contrefaçon et copie servile.

Show des créateurs 2013.

Aujourd’hui, grâce au soutien de huit industriels membres du réseau Bourgogne Angels, j’ai pu lancer World Tricot Créations et je souhaite créer une école de la maille à Lure. Quant à la société Chanel, elle a déclaré que c’était un malentendu. J’attends toujours des excuses. »

Propos recueilli par Florence Heimburger

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