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“J’ai fini par retrouver mon père…”

Publié le 13 mai 2016

Gérard Addat, ce musicien de 73 ans, né au Vietnam, a finalement retrouvé son père, militaire français, après des années de recherche. Aujourd’hui, il tente d’aider d’autres Eurasiens, comme lui rapatriés en France après la guerre d’Indochine, à découvrir leur famille.

« Né à Saïgon, j’ai passé mon enfance au Vietnam, qui était alors une colonie française. Lorsque la guerre éclate, en 1946, mon père est envoyé au front sous le drapeau tricolore. Après notre défaite, en 1954, et selon la convention de Genève, les Français sont sommés de quitter le pays.

J’embarque pour Marseille avec mon petit frère, Joël, et ma mère, Georgette. Sans nouvelles de papa… J’apprendrai plus tard qu’il était prisonnier du Viet-Minh. À notre arrivée, comme tous les rapatriés eurasiens à l’époque, nous sommes pris en charge par la Foefi*. Une assistante sociale nous place, mon frère et moi, en pension au collège à Cadillac (Gironde). Ma mère a trouvé un poste de gouvernante à Bordeaux. Elle n’est pas loin, mais on ne la voit guère.

En pension, la vie est dure. On fait l’objet de nombreuses brimades. Les gamins nous traitent de “chintok” et les adultes de “Jaunes”. Pour tous, nous sommes des étrangers. Le week-end, tous les enfants repartent dans leur famille, sauf Joël et moi. J’ai 14 ans, mon frère 12. On se sent exclus, déracinés.

L’été suivant, nous sommes placés dans une famille d’accueil à Pessac, chez une femme qui boit et nous maltraite. La vie à la ferme n’est pas plus heureuse qu’au collège. Au contraire, c’est un enfer.

Allez faire un tour sur le site de la fédération des œuvres de l’enfance française d’Indochine !

On nous envoie alors dans un foyer Foefi à Vouvray, près de Tours. Là, nous sommes des dizaines d’Eurasiens à nous retrouver, tous enfants de militaires français disparus. Pour la première fois depuis notre arrivée en France, on se fait des copains. On a tous vécu des drames au Vietnam, ce qui crée des liens.

Mais, dès que l’on sort du foyer, les gens du village nous insultent : “Les Jaunes, rentrez chez vous !” Je suis ensuite séparé de mon frère. Je pense souvent à mon père, mais j’ignore totalement ce qu’il est devenu. Alors je décide de retrouver sa trace.

Entre 1990 et 1995, employé à l’office de tourisme du Vietnam à Paris, je me rends à deux reprises à Saïgon, devenu Hô-Chi-Minh-Ville. Sur place, tout a changé. Je ne reconnais rien. La rue où nous vivions existe toujours, mais notre maison a disparu. Le cimetière est devenu un immense parc. Plus de voisins, plus de repères. Mon pèlerinage ne donne rien. À l’époque, je ne sais même pas si mon père est vivant.

"Je veux redonner espoir à ces nombreux enfants qui n’ont pas encore retrouvé leur père ou leur mère au Vietnam."

De retour en France, je mène mon enquête auprès du ministère des Affaires étrangères. J’apprends que papa a été libéré et qu’il s’est installé en Savoie, à Albertville. Ayant trouvé son numéro dans l’annuaire, j’appelle… et tombe sur lui : “Je suis Gérard, ton fils !” Grand silence à l’autre bout du fil… Et puis les larmes.

Le 19 août 1999, je file à Albertville. Sur le quai de la gare, je vois un vieux monsieur qui attend. Ce doit être mon père. Comme un aimant, je me dirige vers lui. On s’étreint longuement. Il y a plus de quarante ans que nous ne nous sommes vus.

Aujourd’hui, je veux redonner espoir à ces nombreux enfants qui n’ont pas encore retrouvé leur père ou leur mère au Vietnam. Je suis membre de l’association Foefi. J’ai même écrit une chanson que j’ai postée sur Internet et dans laquelle je raconte Mes souvenirs de Saïgon

Alicia Comet

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