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“J’ai gagné deux fois le match contre le cancer !”

Publié le 10 septembre 2016

À 51 ans, Éric Girard, cet entraîneur professionnel de basket-ball, victime d’un cancer des cordes vocales, parle à ses joueurs grâce à une prothèse phonatoire ajustée sur la gorge. Une leçon de courage.

« Certains moments de la vie nous laissent un goût amer, on a l’impression que le sort s’acharne…

En 2012, je suis licencié du club de Limoges et j’apprends en même temps que j’ai un cancer des cordes vocales, une maladie qui frappe essentiellement les fumeurs, alors que je n’ai jamais touché une cigarette de ma vie.

Après deux mois de radiothérapie, les médecins m’annoncent que je suis quasiment guéri. Je me dis que j’en ai fini avec cette “saloperie” et je retrouve un poste d’entraîneur dans le club de 2e division de basket-ball au Portel.

En 2014, j’ai de nouveau très mal à la gorge. Le chirurgien m’explique que si je ne me fais pas opérer du larynx, j’ai moins de quatre mois à vivre. Ma décision est vite prise : j’accepte l’opération qui consiste en une ablation complète du larynx et son remplacement par une prothèse vocale.

"J’ai un cancer des cordes vocales, une maladie qui frappe essentiellement les fumeurs, alors que je n’ai jamais touché une cigarette de ma vie."

Mais je n’ai alors bien évidemment aucune garantie de pouvoir de nouveau parler. Il faudra que j’apprenne à m’exprimer d’une autre façon, comme je le réalise après l’intervention : je suis incapable de prononcer un mot !

Les médecins m’avaient prévenu que cela prendrait au moins un semestre avant que je puisse de nouveau parler. Mais, après trois mois de silence, à force de volonté, de courage ainsi qu’un travail quotidien avec l’orthophoniste, je parviens à articuler mes premières phrases.

Même si ma voix est caverneuse et que je suis obligé d’appuyer sur la prothèse pour m’exprimer, je suis aujourd’hui en mesure de communiquer avec mes joueurs. Car c’était cela le vrai challenge !

Quand j’ai annoncé à mon directeur de club que j’allais devoir subir une grosse opération, il a immédiatement prolongé mon contrat de trois ans. Il m’a dit : “Avec la détermination que tu as, je sais que tu vas y arriver !” Cela a marqué le début de ma guérison…

Au départ, bien sûr, c’était un défi. Mais quand on est dans le sport de haut niveau depuis des années et qu’il faut chaque jour entraîner et motiver un groupe de joueurs, on développe un moral d’acier. Je me dois d’être exigeant avec moi-même, avant de l’être avec mon équipe.

Certes, j’ai connu des moments d’abattement mais, dans ces cas-là, soit on se laisse aller et on sombre dans l’alcoolisme ou la dépression, soit on tente de rebondir en se disant qu’il y a plus grave que ce qui vous arrive, quand on regarde autour de soi.

"À présent, sur le terrain, je porte un micro sans fil relié à une enceinte afin que les joueurs puissent m’entendre."

De plus, je sais bien qu’en vouloir au monde entier ne sert à rien. Il n’y a que moi qui puisse tourner cette page de ma vie. Comme je le raconte dans mon livre (Je n’ai qu’une parole, éd. de La Martinière), j’ai aussi eu la chance d’être aidé par ma compagne, ma fille et le directeur de mon club qui m’a fait confiance.

À présent, sur le terrain, je porte un micro sans fil relié à une enceinte afin que les joueurs puissent m’entendre. Un peu comme quelqu’un qui donne une conférence dans une grande salle.

Aujourd’hui, l’équipe de basket-ball du Portel vient d’accéder à la première division. C’est une grande victoire. Je suis un homme et un entraîneur vraiment heureux. J’ai retrouvé la santé et, sur le plan professionnel, une place au plus haut niveau.

Bref, tout va bien ! Même si j’ai gagné deux fois contre le cancer, je ne sais pas quand aura lieu la prochaine bataille, et si je la gagnerai de nouveau…

Pour l’instant, je savoure ma victoire personnelle et notre victoire de club. Comme quoi, il y a aussi parfois de beaux moments dans la vie… »

Alicia Comet

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