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« J'ai gravi l'Everest malgré mes cancers et mes amputations »

Publié le 10 mai 2012

A 62 ans, il s'est attaqué au plus haut sommet du monde, malgré une tumeur qui a nécessité l'ablation d'un rein. Et ce n'était que le début d'un longue série de défis !

« Pendant toute ma carrière professionnelle, je me suis levé entre 5 et 6 h du matin, pour aller courir avant d'entamer ma journée de travail chez IBM. J'ai aussi pratiqué la marche et la montagne. A 58 ans, j'ai pris la décision d'affronter l'Everest, qui culmine à 8 848 mètres. Pour me préparer à relever ce défi, j'ai effectué des trails (NDLR : des courses à pied sur terrain accidenté), des marathons, et j'ai fait de très longues marches. Pour parfaire ma condition, j'ai également gravi les plus hauts sommets du monde, le Mont Blanc, le Kilimandjaro, l'Aconcagua...

En 2006, alors âgé de 62 ans, j'étais fin prêt pour partir à l'assaut du Toit du monde : j'avais une condition physique et une hygiène de vie irréprochables, ainsi qu'un mental d'acier. Mais à trois semaines de mon départ, j'ai ressenti de violentes douleurs au rein droit. Le diagnostic était terrible : les médecins ont décelé une tumeur de 7 cm. Tout s'est alors écroulé. Je me retrouvais seul face au cancer.

Gérard Bourrat, 10 mn avant le Marathon des Sables

Mais au lieu de me laisser aller au découragement et à l'angoisse, j'ai pris le mors aux dents : je me suis fait opérer au plus vite (ablation du rein) et j'ai réduit ma convalescence postopératoire à deux semaines. L'objectif de l'Everest me galvanisait, me soustrayait à la passivité et au relâchement.

Trois semaines après mon opération, je me suis envolé vers Katmandou, puis vers Lhassa, d'où j'ai rejoint le camp de base de l'Everest, à 5 200 mètres d'altitude, le 21 avril 2006. A partir du camp de base avancé, situé à 6 400 mètres d'altitude, je suis parti, après des semaines d'acclimatation, à l'assaut du sommet, via les camps intermédiaires, situés à 7 000, 7 500, 7 900 puis à 8 300 mètres. A ces altitudes, les conditions sont extrêmes : le manque d'oxygène, les températures pouvant atteindre jusqu'à - 50°C, les vents violents, entraînant des insomnies, une déshydratation, un épuisement permanent. Malgré des difficultés dans la “zone de la mort“, j'ai réussi à atteindre l'altitude de 8 761 mètres.

Gérard aux 100 km à Millau

Avec mon sherpa, nous étions conscients des dangers : nous savions qu'un alpiniste sur 10 meurt en tentant l'ascension de l'Everest, et que 4 sur 10 en redescendent avec des séquelles graves. A 8 500 mètres, bloqué au deuxième ressaut pendant 30 interminables minutes, j'ai été victime de gelures qui ont entraîné, à mon retour, l'amputation de phalanges, à neuf doigts et huit orteils. Nous n'avions pas réussi à atteindre le sommet... Qu'importe ! Je n'allais pas m'arrêter là.

Neuf mois plus tard, j'ai couru le Marathon des Sables : 220 kilomètres dans les dunes du Sahara, par une chaleur de 40°. Cette nouvelle épreuve sportive est, hélas, suivie d'une très mauvaise nouvelle. En 2008, se déclare un nouveau cancer : une récidive au poumon. Nouvelle opération, en septembre... Remis sur pied en octobre, je pars sur l'Ile de la Réunion pour relever un nouveau défi de l'extrême, la Diagonale des Fous : un raid de 160 kilomètres et 9 000 mètres de dénivelé ! D'autres grandes courses suivent : les 100 kilomètres de Millau et la Trans Aq, un parcours de plus de 200 kilomètres sur le littoral aquitain.

Gérard, cancéreux, amputé, a gravi l'Everest à deux reprises. Le message de ce malade : ne jamais baisser les bras.

Mais une récidive du cancer se produit alors au poumon, et s'ensuivent huit mois de chimiothérapie et une nouvelle intervention chirurgicale. Nous sommes en mars 2010. Je décide alors de bâtir un nouveau projet : retourner sur le Toit du monde. Mais cette fois, je ne suis plus seul, j'emmène avec moi les centaines de milliers d'adhérents de la Ligue Contre le Cancer, dont je suis devenu l'ambassadeur. En mai 2011, je parviens à hisser le drapeau de la Ligue contre le Cancer sur l'Everest, à 7 200 mètres d'altitude, prouvant, une fois encore, que, face à la maladie, il ne faut pas baisser les bras. L'important est de se fixer des projets, aller toujours plus loin, toujours plus fort, toujours plus haut...

A la demande de mes médecins et de mon entourage, j'ai décidé d'écrire un livre*, afin que mon expérience profite à tous ceux qui sont en quête de force et d'espérance. »

* "L'Everest, le cancer, la vie", de Gérard Bourrat, aux éditions du Cherche Midi, 15 €.

Propos recueilli par Florence Heimburger

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