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Témoignages

“J’ai retrouvé mon grand-père mort en 14-18 !”

Publié le 14 novembre 2013

Josette, Orvault (Loire-Atlantique)

Près de cent ans après, les restes d’un “poilu” viennent d’être exhumés. La petite-fille de ce soldat tué lors de la Première Guerre mondiale, et qui avait juste eu le temps de concevoir un fils lors d’une permission, va pouvoir l’enterrer dignement.

« C’est un reportage à la télé qui a été le déclic. Le 31 mai, un journaliste de TF1 explique qu’on vient de retrouver des ossements de plusieurs soldats à Fleury-devant-Douaumont (Meuse), un village totalement détruit par une pluie d’obus en 1916, épicentre de la terrible bataille de Verdun. Sachant que mon propre grand-père, Jean, avait été tué dans la région lors de la Première Guerre mondiale, mon mari me pousse alors à me renseigner davantage sur cette découverte insolite.

Le lendemain, je reçois un coup de fil d’un de mes cousins habitant près de Verdun, qui me confirme l’incroyable nouvelle : on a bien retrouvé des os mais aussi des masques à gaz, des boutons d’uniforme, des plaques de “poilus” morts pour la France dans ce village rasé et rayé de la carte ! Parmi ceux-ci, un morceau du crâne et deux fémurs abîmés de Jean, ce grand-père inconnu que j’ai passé ma jeunesse à rechercher.

Et dire que jadis, avec mon père, lorsque nous habitions à 60 km de Verdun, nous arpentions en vain les allées des cimetières militaires à la recherche des noms inscrits sur les croix pour tenter d’y trouver celui de Jean Peyrelongue, jeune soldat de 33 ans… Papa a toujours espéré retrouver la trace de ce père qu’il n’a jamais connu et qui lui a manqué toute sa vie. La seule chose qu’il savait, c’est que lui-même avait été conçu lors d’une permission…

Souvenirs

Trois jours plus tard, le maire de Fleury, ce village fantôme qui est aujourd’hui un lieu de recueillement et de souvenir, me contacte et me propose de venir voir la dépouille de mon grand-père. Nous partons à 4 h du matin d’Orvault (Loire-Atlantique), avec mon mari. Mon frère, Jean-Luc, nous rejoint de Charleville, et nous arrivons tous les trois dans cet ancien hôpital près de Verdun, en fin de matinée. Là, sur de grandes tables, sont exposés et éparpillés les restes des 26 corps de soldats de la Première Guerre mondiale. J’apprends alors l’origine de cette étrange exhumation.

C’est un couple de touristes allemands qui, se promenant quelques jours auparavant dans les ruines de Fleury, est tombé sur ces ossements. Sûrs qu’il s’agit de pièces “historiques”, ils les montrent aux autorités du site, qui décident immédiatement d’entamer des fouilles. Mon grand-père Jean est vite identifié grâce à la plaque de soldat qu’il portait autour du cou. De mon côté, en effectuant des recherches sur Internet, j’avais déjà mis la main sur le journal de son régiment (49e d’infanterie) et appris que Jean avait été blessé lors d’un combat, le 23 mai 1916. Voilà maintenant que je découvre en compagnie du médecin légiste qu’il a probablement reçu une balle de fusil en pleine tête : un trou net marque son crâne ! J’examine un à un les vestiges de ce passé ; je dénombre les 50 fragments osseux de sa dépouille ; je constate que son masque à gaz rouillé a été complètement écrasé…

Comme j’aurais aimé que mon père soit ici avec moi ! Troublante coïncidence, Jean a été déclaré mort le 31 mai 1916 et… quatre-vingt-dix-sept ans plus tard très précisément, le 31 mai 2013, il refait surface ! Toute mon enfance, j’ai entendu les souvenirs des atrocités des deux guerres mondiales, et le fait de réussir à remplir les cases vides de notre histoire de famille me soulage. Probablement cet automne, Jean sera enterré à nouveau lors d’une cérémonie, officielle cette fois. Parce qu’il s’est battu pour nous défendre là-bas, nous avons décidé de l’inhumer auprès de ses autres frères d’armes. »

Propos recueilli par Alicia Comet

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