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"J'ai toujours été engagé dans la vie"

Publié le 14 avril 2011

« Retraité de la Sncf et ayant toujours été engagé dans la vie, je n'envisageais pas de rester sans activité. J'ai en effet occupé la fonction de maire adjoint à Mantes-la-Jolie (Yvelines), mais c'est en tant que Président d'une association pour la jeunesse que j'ai vu bien des jeunes en difficulté, passer de l'autre côté...

Cette expérience a sans nul doute nourri mon projet de devenir visiteur de prison. Pour autant, cela ne s'improvise pas. Etre “visiteur“ suppose un engagement profondément humaniste. L'Association Nationale des Visiteurs de Prison (www.anvp.org) y aide, proposant par ailleurs des formations régulières.

La première fois, au Centre de Détention de Riom (63), j'ai été frappé par l'hostilité ambiante : passer de sas en sas, décliner son identité, supporter les regards, attendre, retirer ceinture, lacets, montre, téléphone portable, attendre encore. Et enfin la rencontre au parloir. Un box vitré, une table, deux chaises, un homme qui entre dont vous ne savez quasiment rien hormis son temps d'incarcération.

Mon “premier“ détenu avait pris 20 ans. Il m'a tout de suite raconté pourquoi. “Après, on n'en parlera plus“, a-t-il dit. Et tant mieux car nous ne sommes pas là pour ça. Notre objectif est avant tout d'apporter un peu d'extérieur, d'échanger une poignée de mains, de regarder en avant. Au début, le contact est souvent difficile car les personnes incarcérées sont renfermées sur elles-mêmes, comme ce détenu que je rencontrais chaque semaine. Il ne voulait rien tenter scolairement, complètement bloqué, refusant de parler à un psychologue. Peu à peu, il a évolué et réussi le CFG (Certificat de Formation Générale). Pour la première fois, il connaissait une autre voie que celle de l'échec.

De plus, le contact humain est fondamental pour préparer la sortie. Les petites structures pénitentiaires, certes anciennes, comme celles que nous avons dans le Puy-de-Dôme, facilitent le lien social. On peut glisser un mot au surveillant quand on a vraiment trouvé un détenu très mal. Cette proximité nous permet aussi de remettre chaque année en mains propres des cartes de vœux. Les détenus sont fiers alors de nous montrer notre carte postale, qu'ils ont épinglée au mur...

Toutefois, il faut savoir garder la bonne distance. Les surveillants ont eux aussi un rôle humain capital que ne peuvent remplacer les caméras et les hauts parleurs des nouvelles prisons, ou des Maisons d'arrêt surpeuplées. Un Homme ne peut pas se réduire à un seul acte, fut-il insoutenable. A méditer...»

Propos recueilli par Laurence Delville

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