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« J'ai vaincu mon addiction aux jeux d'argent »

Publié le 9 septembre 2011

Déjà deux ans que je suis sortie de l'enfer des jeux d'argent. Aujourd'hui, je joue encore 10 euros par mois mais c'est un vrai plaisir et plus une souffrance, comme ce fut le cas pendant quatre ans environ.

Pendant des années, j'ai joué quotidiennement au tiercé, sans tomber pour autant dans l'addiction. Mais un jour, tout a basculé, j'ai commencé à parier de plus en plus sur les chevaux et, en attendant les résultats des courses, je jouais au Rapido, un équivalent du loto avec des tirages en continu. Je changeais très souvent de bar pour rester anonyme.

Je ne vivais que dans l'attente d'une victoire, je pariais pratiquement sans respirer tellement j'étais angoissée, mais jouer de l'argent me donnait une impression de puissance que je voulais amplifier. J'étais dans un état proche de celui de l'hypnose, je ne voyais pas plus loin que cette illusion de gains mirobolants. Quand je gagnais, je devenais euphorique, j'étais heureuse, pour moi, c'était une récompense méritée que j'obtenais grâce à ma ténacité.

Pour mettre toutes les chances de mon côté j'achetais des magazines spécialisés, des livres, je consultais même les astres !  Mais quand la vie me rattrapait, j'étais triste, j'éprouvais du dégoût, je mangeais à n'en plus finir, pour étouffer ces émotions qui voulaient ma peau. Puis, je me faisais vomir. En tout, j'ai pris 70 kg !

Un jour, je me suis regardée dans le miroir et j'ai réalisé que j'étais devenue une loque. C'est en regardant la télévision que j'ai appris qu'il existait des thérapeutes spécialistes des addictions du jeu. J'ai pris rendez-vous avec l'un d'eux, car je savais que j'allais enfin être comprise. J'ai refusé tout antidépresseur et somnifère : je voulais m'en sortir par moi-même et par les plantes.

Je n'étais pas sportive, mais je me  suis mise à la marche, au vélo, au Kung-Fu , au Taï-chi et à la musculation. Tout doucement, j'ai repris confiance, j'avais de moins en moins ce besoin de jouer. Mais parfois je replongeais, j'avais envie d'arrêter les séances, de nouveau je voulais gagner de fortes sommes d'argent. Grâce au psychologue, j'ai beaucoup réfléchi et j'ai essayé d'analyser mon comportement. En réalité, ma dépendance complétait une névrose, un manque total de confiance en moi. Le jeu me rendait forte en apparence, et j'occupais mon temps à jouer pour me protéger et rechercher le plaisir immédiat.

Mes proches ne se sont jamais aperçus de mon état, je leur ai tout caché et j'ai fait le vide autour de moi. Parfois j'avais envie de leur en parler, pour être épaulée, mais ma fierté me retenait.  Je ne leur parlais pas de cette envie incessante d'aller jouer, de mes dettes et des factures qui s'accumulaient, des aides de l'État que j'utilisais pour parier encore et encore...  Ils sont tombés de haut en lisant le livre* que j'ai écrit pour raconter ce qui m'est arrivé, dans l'espoir d'aider d'autres joueurs.

Je pense qu'il faudrait créer un Observatoire du Jeu pour se rendre compte de l'étendue des désastres. La légalisation des paris en ligne renforce encore plus l'isolement des joueurs et il va être de plus en plus difficile de les aider.

De mon côté, aujourd'hui, je suis sereine, libérée de mes pulsions, j'ai perdu 40 kilos, j'ai pris ma retraite et décidé de profiter de la vie. Je pars bientôt pour un mois de vacances au Canada, les premières vacances de ma vie, depuis que mon argent ne va plus dans ces jeux qui ont failli causer ma perte.

* "Dans la tourmente de ces jeux d'argent" de Mireille Médic, aux éditions Velours.

Propos recueilli par Julie Boucher

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