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« Je connais les noms de mes 300 chats ! »

Publié le 20 novembre 2012

A 65 ans, ce barman retraité a fait de sa maison un havre de paix et de jeu pour les matous abandonnés.

« J'ai moi-même connu l'abandon très jeune et j'ai eu la chance d'être recueilli par ma tante. Alors c'est peut-être de manière inconsciente que je me suis mis à recueillir les chats délaissés. Mais j'ai toujours aimé les chats. Tout petit déjà je m'en entourais, les caressais. A 30 ans, j'en avais déjà une bonne dizaine dans mon appartement parisien. Et c'est d'ailleurs pour ça que quand j'ai eu l'opportunité d'acquérir cette maison avec un jardin, je l'ai immédiatement saisie. J'ai rapidement aménagé la cour en grande chatterie, protégée et douillette, avec des ouvertures un peu partout entre l'intérieur et l'extérieur pour que les chats puissent aller et venir à leur guise. Je ne savais pas alors que j'en recueillerai des centaines d'autres.

Depuis j'ai carrelé toute la maison pour faciliter le nettoyage, mis des enceintes dans la chatterie pour faire écouter aux minous de la musique classique chaque soir. C'est un peu fou non ? Ils sont devenus mes compagnons de route. Je ne suis pas marié et je n'ai pas d'enfant. Parce que j'ai commencé à faire ça très jeune. Et c'est comme si j'étais entré dans les ordres ou dans une religion quelconque. Je me suis voué à mes choix. C'est presque comme si j'étais devenu un curé. Le curé des chats ! Ils demandent tellement d'amour. Et je n'ai jamais rencontré la personne qui accepterait de partager ma vie et d'être aussi dévouée aux chats.

Car s'occuper d'eux demande une discipline quasi militaire ! Chaque jour, je me lève à 6 h 30. Je prends mon café dans la cuisine, entouré par des dizaines de chats, et ensuite c'est parti. Je retire tous les journaux posés au sol dans la maison et dans la chatterie. J'astique toutes les pièces à la serpillière avec des produits spécifiques utilisés en animaleries. Mais surtout pas de javel hein ! ça stimule l'envie d'uriner des chats ! Et plusieurs fois par jour, je lave la chatterie au jet d'eau et la grande litière aménagée. Il faut aussi s'assurer du soin des chats au quotidien. Je donne les antibiotiques à ceux qui ont un traitement. De plus, ils doivent tous êtres traités aux vermifuges deux fois par an. Je tiens donc un classeur pour faire un roulement et leur donner à tous.

Il faut avoir un œil sur chaque chat en fait. Un œil qui pleure, une blessure... Et quand il faut les emmener chez le vétérinaire, je me charge de les emmener sur mon scooter équipé d'une caisse adaptée. Pour les nourrir, le matin, c'est croquettes. Le soir, vers 17 h 30, c'est plus gourmand ! Je leur prépare du poulet en sauce et du riz et je complète avec du thon et des boîtes. Ça représente environ 13 grands plateaux remplis. Aujourd'hui je n'ai plus de famille du tout. Et les chats sont ma famille au vrai sens du terme. Je connais leur nom à tous ! Milord, Janvier, Sabrina, Panpan ou encore Nadia, la plus âgée, qui a 22 ans. Je suis reconnu par eux en quelques sortes. C'est un bel échange je crois. Ils m'apportent tout. Tout ce que les êtres humains ne m'ont pas donné dans la vie. Et aujourd'hui c'est aussi devenu un engagement. Je suis lié à eux jusqu'à la fin de ma vie. Je ne peux plus reculer.

Certains m'aident heureusement. Je suis en lien avec 30 millions d'amis depuis 1997, une fondation que je vénère ! Ils me soutiennent deux fois par an pour les frais vétérinaires et les croquettes. Mais les dons que m'envoient parfois les gens me sont précieux car l'accueil, l'entretien et le soin des animaux coûtent cher. Certains aussi, qui m'ont vu à la télé, viennent me soutenir. Chaque semaine, un homme venu de Garches et une femme du voisinage viennent pour caresser et brosser les chats. Je le fais moi-même mais ils sont si nombreux qu'ils n'ont jamais trop d'attention.

Je ne devrais plus en prendre car je vieillis et que l'espace disponible n'est pas extensible à souhait. Mais quand je trouve un carton avec un ou plusieurs chats devant mon portail, que dois-je faire ? Je suis pourtant un simple particulier. J'aime que ça reste à mon échelle. Je ne réponds plus au téléphone. Mais c'est dur pour moi. Ça me fend le cœur. En plus, il y a le chantage. Quand les gens m'amènent un chat, ils veulent me rendre responsable de leur abandon. Si je le prends pas, ils le mettront dans un coin de rue ou ils l'emmèneront chez le vétérinaire pour le faire euthanasier.

C'est aussi pour ça que je suis autant lié à mes chats et aux animaux. Tous ces hommes ne me donnent pas envie de me raccrocher à eux. J'ai été déçu depuis longtemps par leur comportement. Car il ne faut pas oublier que derrière chaque chat que vous voyez chez moi, il y a un être humain qui l'a abandonné. »

Carlo Oddo, 29 av. Maréchal-de-Lattre-de-Tassigny, 94000 Créteil.
Tél. : 01 49 81 02 87
Son mail : charles.oddo@wanadoo.fr

Propos recueilli par Fanny Costes

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