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"Je dresse des animaux pour le cinéma!"

Publié le 2 juillet 2012

Zoologiste averti, il connaît les secrets de ses animaux qu'il filme pour le cinéma ou la pub. S'ils lui donnent parfois du fil à retordre, ces bêtes restent une source inépuisable de surprises et d'anecdotes.

« Pour un tournage, je suis capable de faire glisser une ribambelle d'escargots en ligne droite, de faire sortir un ver de terre au bon endroit ou atterrir un papillon sur votre nez, de faire voler un vautour à dix centimètres de votre tête... La liste de ces animaux et insectes, que je dompte avec des récompenses, des jeux et de câlins, est très longue. Pour travailler avec eux, il faut de la patience bien sûr, et savoir utiliser au mieux leurs capacités de chacun. J'ai aussi des petits trucs à moi. Pas folle la guêpe...

Par exemple, pour une pub, il fallait qu'une grenouille grimpe à une échelle installée dans un bocal plein d'eau. Mais cette pauvre bête ne sait que sauter. Alors on a trouvé une technique singulière : je lui envoyais un jet d'air glacé sur les fesses. Elle avait froid, et du coup, gravissait l'échelon supérieur, sans bondir.

Quant aux escargots, on sait qu'ils aiment certaines odeurs et en détestent d'autres. Si on veut qu'ils marchent droit, il suffit de répandre à droite et à gauche de cette ligne imaginaire d'infimes traces d'un mélange ammoniaqué. Résultat de la course : légèrement indisposés par le produit, ils vont filer doux et surtout droit ! Victoire pour ces gastéropodes !

Pour filmer un papillon en vol, et le faire se poser à un endroit précis, c'est plus technique. On sait qu'avant un orage la pression atmosphérique baisse, la température diminue et le taux d'humidité augmente : ces splendides insectes vivent alors au ralenti. C'est alors qu'on les capture pour ensuite les relâcher - à l'instant choisi - afin qu'ils redéployent leurs ailes dans une atmosphère plus tiède. Pour que le papillon se pose précisément sur votre nez, il faut d'abord mettre délicatement en contact l'abdomen d'une femelle avec votre narine, qui va ainsi s'imprégner de phéromones. Je sélectionne ensuite de jeunes mâles vierges, tout juste sortis de leur cocon. Une fois à l'air libre, ils vont se précipiter sur votre nez car ils sont furieusement attirés par l'odeur laissée par la femelle ! C'est plutôt compliqué à réaliser mais cela marche.

Il y a aussi des animaux plus simples à gérer, tel le chimpanzé par exemple, car, très proche de l'homme, on peut tout lui apprendre comme à un enfant. Autre petit secret, avec les fauves cette fois, pour les faire évoluer dans un décor sans danger, il faut les habituer jeunes aux clôtures électriques qui servent pour les vaches et les moutons. Nous installons ces mêmes clôtures dans le décor choisi, et ils ne les franchissent jamais.

Quand on arrive à ses fins avec tous ces animaux, c'est jubilatoire et fascinant ! Le plus spectaculaire ? Je crois que c'est le travail avec l'aigle, cet étonnant rapace planeur. En étudiant son comportement, ses allées et venues, on peut réussir à lui faire piquer du nez à quelques centimètres de vos yeux. Il y a juste un petit morceau de viande qui l'attend derrière vous. L'animal le plus dangereux ? L'ours polaire, assurément. Avec ce grand mammifère des régions arctiques, il faut quadrupler les mesures de sécurité. Mais tout est réalisable, comme vous avez sans doute pu le constater dans le film L'ours, de Jean-Jacques Annaud.

Mon prochain défi ? Un film avec Josiane Balasko qui, dans le scénario, possède un animal fétiche : une tortue. Là, ça ne semble pas encore trop compliqué. Reste juste à savoir ce que le metteur en scène va exiger de cette tortue-là... »

Propos recueilli par Alicia Comet

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