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“Je fais marcher les voitures à la vieille huile de friture…”

Publié le 10 septembre 2013

Ancien journaliste économique, Grégory a fondé, à l’île d’Oléron dont il est natif, Roule ma frite 17, une association qui récupère et transforme les huiles usagées en carburant pour les voitures. Une idée qui fait des émules quand le prix de l’essence s’envole.

Grégory, île d'Oléron (Charente-Maritime)

« Rien ne se perd, rien ne se crée, tout se transforme. C’est un peu ma devise ! Ex-journaliste économique et ancien chargé de communication de Greenpeace, je me suis lancé en 2007 dans la collecte et le recyclage des huiles alimentaires usagées pour les transformer en carburant.

Natif de l’île d’Oléron, j’y ai monté l’association Roule ma frite 17. Son principe est simple : un véhicule utilitaire que l’on a baptisé la Barquette – roulant lui-même à l’huile recyclée – récupère les huiles de friture usagées des restaurants, snacks, campings, collèges, maisons de retraite ou particuliers.

Un à deux ramassages par semaine sont organisés, sauf en été : quand la population de l’île grimpe de 25 000 à 250 000 habitants, nous réalisons un ramassage quotidien. Chaque litre d’huile consommé par la Barquette pour le transport permet d’en collecter entre 50 et 60.

L’an dernier, nous avons récupéré 22.000 litres sur les huit communes de l’île ! Le liquide gras est ensuite traité dans une station de filtration durant trois semaines. Il décante dans un bidon, le temps que se déposent les impuretés, puis on le filtre sous vide. Il en sort une huile couleur ambre clair, vendue 70 centimes d’euro le litre à nos 70 adhérents, qui paient une cotisation annuelle de 50 euros.

Ce prix imbattable aide certaines familles à boucler leurs fins de mois. Les restaurateurs sont contents : ils n’ont plus à se rendre à la déchetterie et font même de cette récupération d’huile un argument marketing qui plaît aux clients.

Avec les anciens moteurs diesels, l’huile de récupération peut être utilisée pure, sauf lors des grands froids, qui la rendent moins fluide. Pour les moteurs à injection plus récents, il faut la mélanger au diesel, et un kit de “biocarburation” est nécessaire.

Pédagogie

Mais attention, nous ne sommes pas des pompistes ! Ce que nous voulons, c’est réduire les émissions de gaz carbonique, responsables du réchauffement climatique. Et faire de la pédagogie auprès des restaurateurs, en les incitant à proscrire l’huile de palme, cause de déforestation et que l’on ne peut pas réutiliser.

Au niveau national, il y a un gisement de 170 millions de tonnes d’huiles de friture usagées, dont 100 millions de litres qui seraient utilisables. On pourrait alimenter 40 000 véhicules de neuf places sur l’ensemble du territoire ! Problème : en France, rouler à l’huile de friture – qui n’est pas homologuée comme carburant, et qui échappe donc à la taxe intérieure sur les produits pétroliers – est interdit. Nous espérons que la Direction générale de l’énergie et du climat acceptera de nous délivrer une dérogation… »

Roule ma frite 17, 40 rue des Cotines, 17480 Le Château-d’Oléron
Site : www.roulemafrite17.org

Florence Heimburger

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