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“Je gagne ma vie en bullant !”

Publié le 25 novembre 2013

Sébastien, Fréland (Haut-Rhin)

Ce jongleur d’origine alsacienne a décidé il y a six ans de se spécialiser dans la bulle de savon. Un métier exercé en France par une petite dizaine de personnes.

« On dit que je bulle, et ça m’amuse, moi qui travaille au moins dix heures par jour pour préparer mes spectacles, repérer les lieux, inventer de nouvelles figures ! Jongleur et manipulateur d’objets, j’ai eu envie de travailler avec quelque chose de difficile à maîtriser : fragile, capricieuse, la bulle de savon s’est imposée à moi. Je suis devenu “bulleur”. En France, nous sommes seulement une petite dizaine faire ce métier.

Sur scène, je trempe les mains et divers ustensiles dans de l’eau de savon et fais surgir puis danser des bulles légères. Je joue sur leur taille, leur forme et leur couleur : elles peuvent être minuscules ou géantes (jusqu’à 50 m de long en extérieur !), transparentes, colorées par la fumée, ou illuminées par un jeu de lumière. Je peux aussi les enchevêtrer : pour cela, je dois d’abord faire une grosse bulle dans laquelle j’insuffle de plus petites qui se forment à partir de sa cloison. Quand je suis tendu, la bulle éclate. Il faut respirer avec elle, en restant concentré et patient. Certaines figures sont très compliquées, comme la “fusée Spoutnik” : une bulle remplie d’hélium puis de fumée, que l’on perce délicatement, de sorte qu’elle soit propulsée vers l’avant en laissant s’échapper l’air qu’elle contient. Mes créations s’élèvent ensuite vers le plafond ou vers le ciel.

Magique

Pour mettre toutes les chances de mon côté, j’ai fabriqué ma potion magique : un savant mélange d’eau et de détergent que je garde secret. J’en consomme 1 500 litres par an environ. J’adapte le produit aux conditions de déroulement du spectacle : chaleur, hygrométrie, pression atmosphérique… Je suis un poète chimiste !

Lors de mes représentations, je fais appel à un musicien, chaque fois différent (accordéoniste, violoniste ou harpiste…) au répertoire classique, ancien ou jazzy. Il doit savoir improviser car la bulle de savon, c’est quelque chose d’aléatoire. Je donne mes spectacles dans des salles intimistes : 150 personnes maximum. Il m’est même arrivé de jouer dans une yourte ! Les petits espaces favorisent la rencontre avec le public : un échange a lieu, je ne reste pas dans ma bulle… Je n’ai pas d’enfant, mais quand je fais mes bulles, j’ai tous les gamins à mes pieds ! Même les femmes sont séduites, mais je n’en profite pas. Je gagne bien ma vie car nous sommes peu nombreux à exercer cette profession et qu’il y a beaucoup de demande : je fais des shows jusqu’en Russie ou à Taïwan. Je n’ai guère le temps de la coincer… la bulle ! »

http://tricoteriesetcie.blogspot.fr/

Propos recueilli par Florence Heimburger

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