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"Je gagne ma vie en chassant des fantômes"

Publié le 28 février 2011

« D'aussi loin que je me souvienne, j'ai toujours baigné dans un univers paranormal. Mon grand-père maternel était radiésthésiste et guérisseur, mes tantes cartomanciennes, mon oncle, hypnotiseur et voyant.

Après une carrière internationale, je me suis un peu lassé. Je me suis alors souvenu que ma passion pour les fantômes avait été déclenchée par un livre qu'on m'avait offert pour mes 10 ans. On y trouvait des photos et des méthodes pour les détecter. Adolescent, je m'étais mis à explorer des lieux hantés.

À 16 ans, je suis parti en stop en France pour visiter des lieux réputés, surtout en Bretagne. Deux ans après, je suis allé en Angleterre, le pays des fantômes, puis en Ecosse, bien sûr. En France, il y a autant de fantômes que là-bas mais le sujet est tabou. En Grande-Bretagne, c'est naturel. Chez nous, une maison hantée perd de sa valeur, outre-Manche, elle en prend. Ici, on prend ça de manière trop manichéenne. Or, concernant les fantômes, tout n'est pas blanc ou noir. Il ne faut pas tout croire, mais pas tout rejeter non plus. Après avoir arrêté la magie, je me suis donc consacré entièrement au paranormal.

Depuis vingt-cinq ans, les gens m'appellent ou m'envoient des mails quand ils sentent une présence chez eux. Je démarre alors mon enquête. Dans 70 % des cas, il s'agit de phénomènes naturels que le propriétaire des lieux n'a pas su voir : une branche tapant un carreau qui donne un son de pas, une chouette respirant dans le grenier... Il y a aussi des causes psychologiques, ce que j'appelle “le pouvoir de la peur“. Je suis aussi mentaliste ce qui me permet de déceler les mensonges. Et il y a le reste...

J'ai rencontré des gens terrorisés. Certains se réveillent et voient quelqu'un dans leur chambre qui disparaît aussitôt. D'autres me signalent des mouvements d'objets, des portes de placard qui s'ouvrent, de la vaisselle qui passe du placard à la table, des apparitions, l'impression d'être observé,... Je me souviens notamment d'un homme sentant une main se poser sur son épaule. J'utilise alors mes instruments : un détecteur de champs électromagnétiques (car les spectres les perturbent), un thermomètre infrarouge à visée laser (un fantôme peut faire chuter la température de six degrés) et une caméra infrarouge (pour filmer dans l'obscurité). J'utilise aussi mon côté sensitif. Je suis sensible à l'invisible. Parfois je parle à voix haute ou télépathique, je pose des questions sur l'identité du visiteur. Mon enquête consiste en grande partie à retracer l'histoire familiale et celle du lieu, à connaître les anciens occupants.

La plupart du temps, les fantômes sont une énergie résiduelle neutre, sans conscience de la présence des vivants. Une masse d'énergie modifiant l'environnement. Le moment de leur mort a été si violent que la matière a enregistré leur énergie et restitue cette bombe émotionnelle. Car l'énergie ne peut se détruire, comme Einstein l'a dit. Donc quand on meurt, elle subsiste. Surtout pour ceux dont la mort a été violente, qui avaient une forte personnalité ou qui étaient très sensibles. Quand j'ai détecté un fantôme, ma démarche n'est pas de l'expulser. Il faut trouver son type, et pourquoi il hante les lieux. À cause de la littérature et du cinéma, les spectres sont victimes de poncifs. Je dis aux gens qu'ils ne risquent rien. Le fait de découvrir le nœud du phénomène le met en sommeil. Je leur demande de parler aux spectres quand ils se manifestent, car cela les calment.

Les lieux hantés sont généralement des maisons anciennes. Mais il y a parfois des pavillons récents, des appartements aussi. En France, aucun département n'y échappe. Mais trois régions sont plus exposées que les autres : la Normandie, la Bretagne et l'Auvergne. Je pense que cela est dû à leur Histoire violente. Je vis en Normandie et les guerres multiples s'y étant déroulées ont laissé des traces. Les gens du cru sont des introvertis, donc ils “impriment“ davantage. Il y a plus de suicides violents (corde, fusil...) qu'ailleurs. Toutes les études le confirment. Le manoir des brumes à Bouchevilliers, en Normandie, ou la forteresse de Largoët, en Bretagne, sont d'ailleurs très réputés pour être hantés.

Une enquête me prend de quinze jours à six mois. J'en mène environ dix par an. Je refuse d'être payé, car j'aide des gens en situation critique. Je leur demande juste de prendre en charge les frais. Pour ma part, je tire mes revenus de consulting, des conférences que je donne et de mes livres. »

Plus d'informations sur http://www.erickfearson.fr

Propos recueilli par Benoît Franquebalme

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