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“Je n’embauche que des chômeurs pour les former !”

Publié le 15 juin 2016

A 41 ans, James Faricelli, le créateur de la PME Alyl Sécurité, basée à Grenoble, a une vision sociale de son entreprise : il donne leur chance à des personnes en difficulté d’insertion. Merci patron !  A 41 ans, James Faricelli, le créateur de la PME Alyl Sécurité, basée à Grenoble, a une vision sociale de son entreprise : il donne leur chance à des personnes en difficulté d’insertion. Merci patron !

« J’ai créé mon entreprise spécialisée dans la sécurité incendie en 2007. Pas facile au début : j’ai connu la grande solitude du dirigeant qui se lance ! Les cinq premières années, je me suis entouré de six collaborateurs. L’affaire s’est mise à tourner. On a monté cinq agences et aujourd’hui, j’ai vingt-sept salariés à temps plein qui travaillent au sein d’Alyl Sécurité.

Moi, je n’ai jamais eu de vraies difficultés à trouver du boulot : j’étais bien formé, bac + 5 et école de commerce. Je mets un point d’honneur à n’embaucher que des gens qui sont soit au chômage, soit bénéficiaires du RSA, soit en recherche d’emploi. Je ne souhaite pas recruter une personne déjà salariée ailleurs, même si cela aurait été plus facile.

Nous vivons dans un pays qui compte plus de 5 millions de chômeurs et j’estime qu’il est important de recruter des personnes sans emploi. C’est un principe moral. Autre point sur lequel je suis intraitable : à l’embauche, je donne la priorité aux gens qui ont des CV chaotiques, ceux qui ont eu des accidents de parcours ou ont été victimes de discrimination.

"J’ai récemment recruté un homme de 58 ans qui ne trouvait plus de boulot depuis deux ans."

Pourquoi ne pas donner davantage sa chance à une maman qui élève seule ses deux enfants ? Ou à un jeune de quartier motivé ? Ou à un senior qui veut encore faire ses preuves ? Tout ce qui m’importe c’est que cette personne soit capable et ait envie de travailler.

Dans mon entreprise, j’ai récemment recruté un homme de 58 ans qui ne trouvait plus de boulot depuis deux ans. J’ai aussi embauché une personne qui, après avoir fait un burn-out dans une grande société, a eu besoin d’un an pour se reconstruire. Une autre qui avait arrêté ses études, fait des petits boulots, avant de les reprendre…
Vieux ou jeunes, hommes ou femmes, Blancs ou Noirs, ce ne sont que des détails. Dans la société française, on analyse toujours le risque. Je crois au contraire qu’il vaut bien mieux évaluer les opportunités ! De nos jours, les patrons ont tellement peur de se tromper quand ils recrutent quelqu’un qu’ils ont tendance à prendre toujours les mêmes profils…

"Je projette d’embaucher entre 80 et 250 personnes dans les années à venir…"

C’est moi qui effectue le premier entretien. Je me concentre sur l’individu que j’ai en face de moi. Je regarde s’il est capable de s’intégrer dans un groupe, j’évalue s’il est poli, capable de respecter les autres, d’arriver à l’heure… Je ne recrute que des gens qui veulent travailler et qui aiment cela. La motivation est essentielle. Pas de fainéants !

Enfin, je tente de mesurer la capacité de celui ou celle que j’ai en face de moi à apprendre car il ou elle va suivre une formation d’un à douze mois au sein de l’entreprise. Pour cela, je reconnais que je fonctionne un peu au feeling…
Pour les deuxième et troisième entretiens, je passe le relais à mes collègues : puisque ce sont eux qui vont travailler avec le nouvel arrivant, autant qu’ils aient leur mot à dire sur son embauche. à leur tour de choisir (ou pas) leur futur collègue ! Si le courant ne passe pas, le candidat sera recalé. En revanche, s’il convient, il fera partie de la famille.

Dans l’entreprise, la bonne humeur règne : on sort parfois ensemble au restaurant le soir ; on va boire un coup à l’occasion ; on se retrouve en salle de gym. Certains se voient même le week-end. Et je projette d’embaucher entre 80 et 250 personnes dans les années à venir… »

Alicia Comet

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