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“Je ne laisserai pas disparaître les poissons des grands fonds !”

Publié le 30 décembre 2013

Le chalutage en eaux profondes dévaste certaines espèces de poissons. C’est pourquoi cette jeune femme révoltée, qui a créé l’association Bloom, appelle au boycott des produits de cette pêche.

Claire Nouvian, Paris

« Je me souviens encore du jour où j’ai découvert l’existence des créatures des grandes profondeurs. J’étais aux États-Unis, à l’aquarium de Monterey, en Californie. En comprenant que ces animaux inconnus étaient menacés, j’ai senti un appel. Les défendre est devenu une évidence. Ces bêtes étaient orphelines, il fallait que quelqu’un s’en occupe.

J’ai d’abord souhaité partager cette découverte en écrivant un livre* sur ce monde mystérieux, plongé constamment dans l’obscurité. Aujourd’hui, 1 % à peine des océans profonds a été exploré, et on commence seulement à découvrir des organismes qui nous aident à lutter contre des maladies comme le cancer. C’est un réservoir de biodiversité et de potentiel pour la médecine au même titre que les grandes forêts primaires. Sans compter qu’on y trouve des coraux aussi vieux que les pyramides d’Égypte !

Jean-Marc Barr

Gillian Anderson

Je me suis vite rendu compte que ce monde était en danger à cause du chalutage profond. Cette technique de pêche utilise de grands filets lestés qui sont tirés pendant des heures par des bateaux industriels. Ils récupèrent tout sans distinction : poissons, coraux, espèces menacées… C’est du pillage au bulldozer sous l’eau et loin des regards. Tout ce qui est remonté est déjà mort et jeté par-dessus bord sauf… trois espèces principales : la lingue bleue, le sabre noir et le grenadier.

Désastre

L’effet sur l’environnement marin est tel qu’on estime déjà que la population de certaines espèces a dramatiquement chuté (plus de 90 % pour certains requins d’eau profonde). Un désastre qui n’est pas viable économiquement et qui est même déficitaire bien que subventionné. En Europe, 11 bateaux sont concernés, dont 9 français et 6 appartenant à Intermarché. C’est donc le consommateur qui, sans le savoir, encourage cette pêche par le biais de ses impôts et de ses achats.

Aure Atika

Mélanie Laurent

Cette situation me révolte, j’ai donc décidé d’agir. J’ai fondé l’association Bloom, qui vise à préserver la pêche durable, les pêcheurs artisans et les océans profonds, et à lutter contre les méthodes destructrices. Nous ne sommes que trois à plein-temps et n’avons pas assez de membres ni de moyens financiers, mais nous sommes rigoureux et soutenus par les scientifiques, ce qui nous permet de faire le poids face aux lobbies et d’alerter les politiques et les citoyens.

Cette année, les lignes ont commencé à bouger, des personnalités de tous horizons se sont rangées de notre côté, comme Nicolas Hulot, Daniel Cohn-Bendit, Hélène de Fougerolles, Coline Serreau, Philippe Starck, Matthieu Ricard, Robert Badinter… Notre combat a aussi interpellé la dessinatrice Pénélope Bagieu, qui a mis en ligne une BD expliquant tout de cette pêche dévastatrice. Un buzz s’en est suivi qui a donné un nouvel élan à notre pétition** en ligne et a permis de toucher enfin tous les Français !

Thomas Dutronc

Malheureusement, la semaine dernière, le Parlement européen a rejeté à quelques voix l’interdiction de chaluter en eau profonde. Cet échec n’aurait pas eu lieu sans une coalition entre le PS, l’UMP et le FN contre les Verts et les autres socialistes européens…

Mais je ne renonce pas. Notre pétition atteindra bientôt 800 000 signatures, preuve que les Français sont mobilisés. J’appelle à boycotter les poissons des océans profonds. Casino et Carrefour se sont déjà engagés à ne plus en vendre, et Intermarché vient d’annoncer qu’il mettrait tout en œuvre pour ne pas cibler systématiquement les poissons des grands fonds. La pression citoyenne sur les marques finira par avoir raison de cette pêche destructrice. »

* "Abysses", de Claire Nouvian, aux éd. Fayard.
** Pour en savoir plus sur la pétition : www.bloomassociation.org

Propos recueilli par Julie Boucher

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