France Dimanche > Témoignages > "Je ne suis bien que dans ma cage, protégée des ondes !"

Témoignages

"Je ne suis bien que dans ma cage, protégée des ondes !"

Publié le 15 mai 2011

« Aujourd'hui, j'évite de prendre les transports en commun ou alors à des heures creuses. Tous ces portables allumés dans un wagon démultiplient la puissance des ondes ; dans le bus, c'est pareil et dans le TGV, c'est insoutenable. Je ne vais plus au cinéma : les portables en veille cherchent une antenne toutes les 3 à 4 minutes en moyenne, une torture ! J'évite la foule, je bannis les concerts et les réunions où je suis vite prise de vertiges et de nausées...

En 2007, quand j'ai découvert que j'étais intolérante aux ondes électromagnétiques dues aux technologies sans fil (téléphones portables, wifi, etc.), j'ignorais tout des EHS (Electrohypersensibles) et de leur calvaire. En France, on reconnaît aujourd'hui nos symptômes, mais pas la cause : on nous envoie encore chez le psy ! Certes, avec ce qui nous arrive, il y a de quoi sombrer dans la dépression ! Pour ma part, à 50 ans, heureusement, j'ai tenu le choc.

Mes premiers symptômes sont apparus en 2006 : crises de tachycardie, migraines ophtalmiques, baisse de la vue, nausées. Après les vacances, à la rentrée 2007, les symptômes ont brutalement empiré : fatigue extrême, sensations de brûlures au niveau des mains, hypersalivation, pertes de mémoire, impossibilité de comprendre ce que je lisais. Un jour, je me suis même retrouvée devant ma porte avec ma clé sans savoir comment l'ouvrir ; un zombie !

Poussée par un ami à quitter mon appartement, je suis allée habiter chez les uns et les autres : une période d'errance pénible, mais j'allais mieux. Enfin de retour chez moi, la sensation a été immédiate dès le 4ème étage (j'habitais un sixième sans ascenseur) : mon cerveau explosait comme serré dans un étau. Une voisine m'apprit alors que le dispositif placé sur le toit d'une banque en face de chez nous avait été rénové avec six antennes de 3ème génération pendant les vacances d'été.

Y avait-il un rapport ? En cherchant sur Internet, je découvrais les EHS et Robin des Toits (www.robindestoits.org), l'association pour la sécurité sanitaire dans les technologies sans fil : non, je n'étais pas zinzin ! Mais je ne pouvais définitivement plus vivre chez moi, j'étais au chômage (mon CDD de secrétaire de direction trilingue n'avait pas été renouvelé), confrontée à l'incompréhension et au rejet.

En catastrophe, j'ai vendu mon appartement et cherché un refuge. Il m'a fallu du temps pour finalement trouver un 3ème étage abrité que j'ai par ailleurs dû faire blinder contre les ondes : une peinture au carbone à usage industriel me protège des irradiations du sol au plafond ainsi que des rideaux tissés de fils de cuivre et d'argent. Mon appartement est une véritable cage de Faraday, se servir chez moi d'un appareil sans fil est interdit !

Evidemment, vous devenez la rabat-joie qui vous demande d'éteindre votre portable et vous serine ce que vous n'avez pas envie d'entendre. Ainsi les EHS réclament l'abaissement des puissances à 0,6 Volt/mètre, le seuil d'innocuité et que soit reconnu leur handicap par la sécurité sociale, tout comme la préservation de zones blanches (sans antennes). Avec maintenant le Wimax (un mode de transmission Internet en haut débit, portant sur une zone géographique plus étendue que la Wifi), cela n'existe plus.

Dans la Drôme, il y avait une forêt bien connue des EHS qui y avaient installés des caravanes blindées d'aluminium pour venir s'y reposer. Ils ont été chassés. Certains ne savent plus où aller, ont perdu leur travail, sont coupés de leur famille, de leurs amis, vivent dans des camping-cars, s'entourent de voiles protecteurs où s'engagent dans des travaux titanesques pour blinder leur habitat.

Partout nous sommes agressés par ces ondes pulsées. A la campagne, toujours à cause du Wimax, c'est parfois pire qu'à Paris où une charte avait été signée avec les opérateurs pour limiter les puissances, mais je ne sais pas si elle sera renouvelée ; alors j'essaye de m'adapter plutôt que de m'isoler d'avantage. Depuis un an je me rends régulièrement à l'hôpital Breakspear près de Londres ou l'on traite les maladies environnementales.  Beaucoup d'EHS viennent d'Europe suivre ici un protocole qui, sans entrer dans les détails, commence par neutraliser nos intolérances chimiques et alimentaires - les EHS sont souvent de grands allergiques. Le reste du temps, je ne peux plus dormir que chez moi à Paris, dans ma cage. »

Propos recueilli par Laurence Delville

À découvrir

Sur le même thème