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"Je ne suis plus que l'ombre de Monsieur Propre"

Publié le 28 juin 2012

Après avoir vécu mille et une aventures dans l'univers de la nuit parisienne, Pierre est devenu  une star de la publicité. Pourtant aujourd'hui, il n'en tire aucun bénéfice financier et il craint pour sa santé...

Je n'ai pas vraiment changé depuis les années 80 et ma période de gloire, je porte toujours un anneau à l'oreille comme dans la pub du célèbre détergent et  j'ai gardé le même physique. Les gens continuent de me demander des autographes et de raconter ma vie ce que j'adore. Faut dire que j'ai eu beaucoup de chance, car rien ne me prédestinait à devenir Monsieur Propre, une icône des ménagères.

J'ai grandi dans les Vosges mais dès que je le pouvais, je montais chez ma sœur qui habitait en région parisienne. Je passais beaucoup de temps dans une salle de boxe à Paris où j'ai commencé à nouer quelques relations.  Dans les années 60, je suis devenu  videur d'une nouvelle boîte de nuit parisienne, Le Gibus. J'y suis resté des années, c'était comme une deuxième famille.

J'ai vécu l'époque hippie, le pop, le rock, le punk, puis, le reggae. J'ai rencontré des groupes célèbres comme les Sex Pistols, Deep Purple, j'ai cotoyé Catherine Ringer, les Barclay père et fils... Grâce à mes relations, j'ai fait partie des gardes du corps de James Brown ou du Général de Gaulle. C'était les belles années !

Pierre dans la publicité pour Mr Propre

Mes salaires de videur et garde du corps m'ont permis d'ouvrir une salle de musculation à Paris dans les années 80, mon rêve.

Et c'est là, qu'un  matin, à l'ouverture, un homme est venu me demander si j'accepterais de prêter mon image pour une publicité de détergent. Au départ, j'ai pensé  à  une blague. Après quelques hésitations j'ai accepté.

Je me suis envolé pour Cannes où j'ai découvert les Palaces, le Carlton, le Gray d'Albion, les baignoires en marbre rose... un monde complètement inconnu pour moi. J'ai appris à faire le show et à connaître tous les détergents sur le marché. Puis, le dernier soir, j'ai fait une présentation devant plus de 3000 personnes ! J'étais impressionné même si je ne le montrais pas. Heureusement j'ai rempli ma mission correctement et j'ai pu recevoir l'argent dont j'avais besoin d'argent pour ma salle de sport.

C'est grâce à sa passion pour la boxe que tout a commencé

Sauf que sans m'en rendre compte,  j'ai signé que je renonçais à mes droits d'auteur à venir. Du coup, je ne touche rien d'aucune publicité qui passe encore à la télévision en France comme à l'étranger ! L'une des plus grosses erreurs de ma vie ! Je suis une icône sans argent. Si j'avais fait plus attention, je suis certain qu'aujourd'hui je vivrai tranquillement sur la côte d'Azur avec ma femme ! J'ai fait quelques animations dans les supermarchés mais rien très excitant. J'aimerais bien que d'autres marques me contactent pour faire de nouvelles publicité, il n'est pas trop tard.

Le point positif dans cette histoire, c'est que la télévision m'a consacré un reportage à la fin des années 90 et que ma fille, que j'avais perdu de vue m'a recontacté. Un véritable bonheur ! Elle habite à Nantes et je regrette de ne pas voir sa famille plus souvent mais je suis heureux que nous ayons renoué. J'ai écrit mon histoire dans un livre que je cherche maintenant à faire publier mais c'est vrai, qu'aujourd'hui, je m'ennuie et j'ai une  santé plus que fragile.

En mars dernier, je suis passé tout près de la mort. Après avoir fait une séance de muscu dans la salle j'ai installée dans ma cave, je me suis effondré dans le salon. J'ai été comme foudroyé.  Heureusement, une de mes filles était présente et a tout de suite appelé les pompiers. J'ai été emmené aux urgences mais les médecins ne parvenaient pas à faire baisser mon poul qui pulsait à 210 ! Ce n'est qu'après des injections de morphine que tout est redevenu normal.

Pierre avec sa femme lors d'un concours de body building, fin 70/début 80.

Puis, les médecins m'ont installé un petit boîtier pour faire fonctionner mon cœur et ils m'ont dit de me reposer. Mais je ne supportais pas de rester allonger dans mon lit d'hôpital, alors j'ai arraché mes perfusions et je suis parti. Je voulais  rejoindre ma femme, elle souffre de trois cancers et je veux être présent à ses côtés. Bien sûr, les médecins m'ont interdit de continuer la muscu. Mais impossible ! Malgré mes 69 ans, je m'entraine toujours trois fois par semaine même si je sais que ce n'est pas raisonnable et que le moindre excès me sera fatal.

Propos recueilli par  Julie Boucher

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