France Dimanche > Témoignages > “Je redonne vie aux publicités d’autrefois…”

Témoignages

“Je redonne vie aux publicités d’autrefois…”

Publié le 3 janvier 2013

Ce peintre en lettres a la nostalgie des réclames des années 40-50, dont les couleurs se délavent peu à peu sur les façades. Il s’est lancé dans un travail de restauration, mais il lui faudrait un mécène !

« À la base, je suis peintre en bâtiment, mais j’exerce aussi comme peintre en lettres. Il y a quelques années, les commerces faisaient encore appel à mes services pour peindre des enseignes sur leurs façades. Mais aujourd’hui, mon métier a considérablement évolué : tout est conçu et imprimé sur ordinateur ! C’est intéressant, mais ce progrès m’a privé du plaisir de manier le pinceau, comme un véritable artiste. J’éprouve d’ailleurs une réelle nostalgie pour mon métier dans les années 40-50.

Mes prédécesseurs partaient sur les routes pour de longs mois de travail, avec tout leur matériel entassé dans leurs camionnettes, et ont réalisé des milliers de très belles enseignes sur les façades des commerces. Mais surtout, ils ont couvert les murs de nos routes de publicités commandées par les grandes marques de l’époque. Ces “réclames“ monumentales, qui font partie du patrimoine historique des Trente Glorieuses, se meurent hélas peu à peu : le temps les a attaquées, délavant leurs couleurs et les rendant aujourd’hui presque invisibles.

exemple d'enseigne non encore restaurée

Ça fait mal au cœur, et j’ai voulu réagir ! Il y a quelques années, j’ai donc décidé de passer mes vacances à parcourir la France, à la recherche de ces œuvres en sursis. J’en ai recensé des centaines, que j’ai photographiées et soigneusement exposées sur mon site internet* : c’était une première façon de les rendre immortelles. Peu à peu, je me suis tellement passionné que j’en ai même fait un livre** dans lequel j’ai exposé quelques-unes des plus belles publicités d’autrefois en Provence.

Chacune d’entre elles a le délicieux pouvoir de me renvoyer en enfance ! Je me revois assis dans la Peugeot 404 de mes parents sur la route des vacances ! Et je me rappelle que le nez collé à l’une des vitres arrière, je voyais passer toutes ces publicités plus colorées les unes que les autres, qui me distrayaient quand nous nous retrouvions bloqués dans les bouchons !

Stéphane devant l'enseigne de son entreprise de peinture

L’attachement que je leur voue m’a récemment poussé à m’investir davantage. En effet, j’ai carrément décidé d’en restaurer certaines ! J’ai donc ressorti la peinture et les pinceaux dont je ne me servais plus : un vrai bonheur ! Pour commencer, je me suis attaqué à une réclame des années 50, à Tain-l’Hermitage (Drôme). Sur un mur à l’entrée de la ville, elle annonçait la présence d’une station essence Azur, bien sûr disparue depuis.


Encouragement

Après avoir obtenu l’accord de la municipalité, qui m’a d’ailleurs aidé financièrement, je me suis mis au travail avec un collègue, peintre à la retraite. Nous avons scrupuleusement pris soin de respecter le dessin et les couleurs d’origine, qui étaient encore à peu près visibles. Pour que les lettres de la marque soient correctement reproduites, nous avons même utilisé des gabarits en carton, découpés soigneusement à l’identique. Résultat : en deux jours de travail, l’antique publicité avait retrouvé ses airs de jeunesse. Au point que certains riverains se demandaient même si une nouvelle pompe à essence n’avait pas réellement ouvert ses vannes un peu plus loin !

Stéphane dans son bureau nous présente le livre qu'il a écrit.

Mais évidemment, je n’ai pas l’intention d’arrêter en si bon chemin ! Si j’ai la chance de trouver un mécène, j’ai l’intention de me lancer dans une autre restauration : celle d’une publicité Dubonnet, à Bédoin (Vaucluse). Le propriétaire de la maison sur laquelle elle est peinte est vraiment emballé : “Si vous lui redonnez vie, je remonterai le temps : à l’époque où mon oncle avait acheté cette bâtisse et hérité de cette immense réclame, qui y figurait déjà…”, m’a-t-il confié. De telles paroles ne sont-elles pas le meilleur des encouragements ? Sans aucun doute !

D’ailleurs, j’ai bien l’intention de poursuivre le passionnant travail de préservation patrimoniale que j’ai entamé, en redonnant vie à autant de ces publicités d’autrefois que je le pourrai… »

*www.mallet.fr, rubrique « Vieilles Réclames ».
** " Vieilles enseignes et publicités de Provence", www.mallet.fr

Propos recueilli par Thierry Lopez

À découvrir

Sur le même thème