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“Je souffre de misophonie !”

Publié le 18 janvier 2017

Un simple reniflement la met en colère, un battement nerveux de jambes la fait exploser. Un véritable enfer, que Frédine partage avec une ses filles, atteinte de misophonie, au point d’avoir envisagé le suicide.

« Cela a commencé par le bruit que faisait papa à table. Difficile de dire à son père qu’il mange la bouche ouverte et que vous ne le supportez pas. Un jour, je suis partie dîner dans le salon, seule. Ma décision a provoqué des disputes mais, petit à petit, j’ai été autorisée à manger à part. Mes parents ont compris la douleur que je ressentais et ont respecté mon besoin d’isolement.

Plus tard, j’apprendrai que je souffre de misophonie et de misokinésie, ces troubles neuropsychologiques provoqués par certains sons (phonie) ou mouvements (kinésie) répétitifs de mon entourage (bruits de bouche, mastication, respiration, tics, etc.).

"Comme la plupart des personnes atteintes de misophonie, mes réactions les plus fortes sont provoquées par les bruits de bouche."

La misokinésie est ce qu’il y a de pire. En voiture, par exemple, les feux clignotants devant moi m’exaspèrent. Je suis également très agacée par le bruit de mes propres clignotants. Je ne les utilise plus, au risque de provoquer un accident. Je ne supporte pas davantage quelqu’un qui se caresse les cheveux, les entortille autour de ses doigts. Les balancements de jambes, tous les gestes machinaux sont pour moi une torture.

Comme la plupart des personnes atteintes de ce trouble, mes réactions les plus fortes sont provoquées par les bruits de bouche. Même ceux des animaux me gênent. J’ai dû me séparer de mon chat à cause du raffut qu’il faisait pendant sa toilette. Viennent ensuite tous les bruits tels que le tic-tac des montres, le glouglou des bouteilles qui se vident…

Je suis assistante administrative indépendante. Et s’il n’avait pas été tolérant, j’aurais dû me séparer d’un client dont le chien mâchouille une balle à longueur de journée et la fait rebondir, ce qui me fait enrager !

Ma fille cadette souffre du même trouble que moi, mais à un degré au moins vingt fois supérieur. Tous les sons l’irritent, en particulier ceux de ma déglutition. Je suis consciente de ce qu’elle endure, tout en me sentant impuissante à la soulager. Elle ne supporte pas non plus les respirations trop fortes, le son de ma voix au téléphone, ceux de la tuyauterie du chauffage. Quand elle était petite, elle donnait de violents coups de poing dans le mur pour les faire stopper.

Une des parades contre ce mal est le mimétisme. Lorsque je me racle la gorge, elle en fait autant pour se protéger de ce son insupportable en se l’appropriant. Notre situation est intolérable, on se reproche mutuelllement de faire trop de bruit…

"Je vais devoir déménager pour la neuvième fois consécutive, ma cadette ne supportant pas le vacarme de notre environnement."

Avec le temps, ma relation de couple s’est dégradée. Je ne supportais plus la simple respiration de mon mari, ses mouvements de pieds, ses ronflements. Nous faisions chambre à part. Dans la voiture, je mettais des bouchons d’oreilles pour ne pas l’entendre. Je culpabilisais. Il rentrait de plus en plus tard. Je souffrais de ne trouver aucune solution. Nous nous sommes de plus en plus éloignés, jusqu’à nous séparer.

Il n’existe à ce jour aucun traitement pour les misophones. L’hypnose peut juste diminuer un peu notre souffrance. Nous devons en permanence prendre sur nous. Il est très délicat de demander à un inconnu ou à un collègue de se moucher, de cracher son chewing-gum ou de fermer sa bouche en mangeant…

Ma fille aînée, ignorant que le comportement de sa sœur était dû à une maladie, s’est mise à la prendre en grippe. Elle la voyait comme une petite princesse toute-puissante. Après mon divorce, elles ne se parlaient même plus.

"La misophonie m’a forcée à quitter ma maison, mon travail en entreprise pour exercer chez moi en indépendante, à faire une croix sur l’amour et la vie de couple."

Je vais devoir déménager pour la neuvième fois consécutive, ma cadette ne supportant pas le vacarme de notre environnement.

J’ai pensé au suicide il y a quelques mois. La misophonie m’a forcée à quitter ma maison, mon travail en entreprise pour exercer chez moi en indépendante, à faire une croix sur l’amour et la vie de couple.

Après une énième remarque de ma fille, j’ai eu une terrible crise d’angoisse. La mort m’est alors apparue comme la meilleure solution. Je ne pouvais pas l’aider et, à force de la protéger depuis si longtemps, je me détruisais. Comment aurais-je pu lui être utile en étant moi-même au fond du trou ?

Quand nous avons appris que nos réactions étaient dues à une véritable maladie identifiée par la science et dont beaucoup de personnes souffrent, notre soulagement a été immense. Enfin on nous comprenait, nous n’étions pas folles ! C’est à partir de ce moment que ma fille aînée a reconnu la douleur de sa petite sœur et a pu la prendre en considération.

Et contre toute attente, j’ai récemment rencontré quelqu’un. Il n’émet aucun bruit dérangeant, il est tolérant, attentif, attentionné… Bref, il est l’homme de la situation !»

Marion Delisse

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