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“Je suis bénévole aux Restos du cœur depuis 1985 !”

Publié le 10 février 2016

Depuis trente et un ans, Gisèle, retraitée de Fontenay-le-Comte (Vendée), se retrousse les manches pour aider les plus démunis au sein du mouvement initié par Coluche. Cette année encore, à 70 ans, toujours bon pied bon œil, elle répond présent.Depuis trente et un ans, Gisèle, retraitée de Fontenay-le-Comte (Vendée), se retrousse les manches pour aider les plus démunis au sein du mouvement initié par Coluche. Cette année encore, à 70 ans, toujours bon pied bon œil, elle répond présent.

« J’ai toujours eu envie de donner un coup de main aux plus démunis. Mon engagement aux Restos du Cœur remonte à l’automne 1985. Je n’ai pas entendu l’appel que Coluche avait lancé à la radio en septembre, mais j’ai découvert une affichette à la mairie signalant qu’une réunion allait se tenir dans mon quartier [de Paris, ndlr].

Ce qui m’a plu tout de suite, c’est le côté apolitique et non religieux des Restos. Je ne voulais pas d’un mouvement qui puisse être récupéré. D’autant plus que je suis athée.
Par tempérament, je suis ouverte aux autres. J’aime me pencher sur l’avenir des gens. Je me dis souvent que “l’île sur laquelle on vit n’est pas déserte. Alors si on peut aider…” J’ai le désir de rendre service. Par exemple, j’ai souvent ouvert le hall chauffé de mon immeuble la nuit pour qu’un SDF ne dorme pas dehors, sous la pluie. Je le faisais entrer en douce entre 22 h et 5 h.
Le premier jour de la première distribution des Restos, c’était le 21 décembre 1985, sous le chapiteau bleu et blanc de Gennevilliers. Je m’en souviens encore très bien.

"Ce qui m’a plu tout de suite, c’est le côté apolitique et non religieux des Restos."

Coluche, que l’on n’appelait pas encore “Michel”, débarque à moto. Tous les bénévoles sont là. Il visse sa casquette, dit bonjour à chacun d’entre nous et lance : “Bon, ben maintenant, on va se mettre au boulot ! Pas venu ici pour rigoler !” Il n’était pas content ce matin-là car il trouvait qu’il n’y avait pas assez de journalistes présents pour relayer son message.
J’ai tout de suite apprécié le personnage, tout comme son idée de redistribuer des produits alimentaires aux personnes en difficulté. Mais on pensait tous que cela ne durerait pas plus de cinq ou sept ans. La première année, des centres ont ouvert un peu partout dans le pays. Ça a tout de suite pris ! Et puis Michel est mort, et il fallait bien continuer à donner un coup de main. J’étais partante.

" Mon mari a mis le holà lorsqu’un soir j’ai voulu aller dormir dehors pour accompagner une femme qui menaçait de se suicider."

Au fil du temps, mes deux enfants grandissant, j’ai été plus disponible pour me libérer en soirée. J’ai fait deux ans de maraudes : chaque soir, on partait en équipes pour aller à la rencontre des gens de la rue.

À un moment, je me suis même sentie trop impliquée affectivement. On ne pouvait pas sauver tout le monde ! Mon mari a mis le holà lorsqu’un soir j’ai voulu aller dormir dehors pour accompagner une femme qui menaçait de se suicider.
Plus tard, j’ai été affectée à la distribution de soupes et de repas chauds à Nation. Là, on s’est aperçus que bien des gens avaient besoin de parler. Ces accidentés de la vie ne sont pas des abrutis imbibés d’alcool. Ils sont comme vous et moi, parfois même plus cultivés. Ils se sont retrouvés à la rue du jour au lendemain et sont en situation de détresse affective ou mentale.

Ensuite, j’ai servi les petits déjeuners sur la péniche des Restos. À l’époque, je me levais à 5 h du matin et passais y donner un coup de main avant d’aller au boulot à 8 h.
En 1996, quand je suis partie vivre en Vendée, j’ai immédiatement recherché un centre. J’ai alors participé aux chantiers d’insertion où l’on réapprend aux personnes à travailler en équipe, pour retrouver le chemin de l’emploi.

Aujourd’hui, je participe à la 31e campagne. Si je suis fière du travail accompli jusque-là, je suis triste aussi devant cette précarité qui perdure. Les gens qui viennent aux Restos du cœur sont des travailleurs pauvres qui ne s’en sortent pas, des familles monoparentales, des personnes âgées n’ayant qu’une minuscule retraite.
Chaque année, je vois davantage de monde qui débarque. Et cela m’inquiète. Les gens ont de moins en moins la possibilité de vivre dignement. Comment va-t-on pouvoir tous les aider ? »

Alicia Comet

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