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"Je suis devenu voyant le jour de la mort de ma mère"

Publié le 7 mars 2011

"De là-haut, elle doit m'observer avec un air amusé. Je viens de terminer le tournage d'une émission consacrée au paranormal sur NRJ12, où j'accompagne des jeunes dans un château soi-disant hanté pour sonder les esprits. Je les initie à la voyance, la tarologie ou la radiesthésie. Je suis devenu familier des plateaux de télé où j'adore mettre mon don à l'épreuve. Je sais ce que c'est, c'est mon métier. Je suis médium depuis trente ans. Et c'est à ma mère que je le dois.

Elle s'appelait Simone. La dernière fois que je l'ai vue, j'avais 15 ans. C'était un après-midi comme un autre. Elle a débarrassé la table, fait un peu de ménage, et elle est partie à son rendez-vous. Une visite de routine chez son médecin. Elle avait 45 ans et avait vaincu un cancer trois ans plus tôt. La famille avait repris une vie normale. Ce jour-là, elle m'a pressé de retourner au collège. Elle n'aimait pas que je sois en retard. Et puis, nous nous reverrions vite non ? Non.

Quelques minutes plus tard, dans la cour du collège Jean Lurça de Sarcelles, j'ai soudain été étreint par un terrible sentiment de panique. “C'est fini !“, ai-je confié à mon copain Gilles. Je n'avais jamais rien ressenti de pareil. Comment lui expliquer ? J'ai eu un flash. J'ai clairement vu ma mère allongée et la famille en pleurs. Du monde dans une église et un jeune collégien tout seul, abandonné... Ce jeune garçon, c'était moi. Je n'avais jamais rien ressenti d'aussi réel et terrifiant. Gilles m'a conseillé de ne pas m'inquiéter. Sauf qu'en rentrant à la maison, l'appartement était vide. Le médecin avait constaté des complications et avait préféré hospitaliser maman. Deux semaines plus tard, elle était morte.

Pendant quelques années, je n'ai osé parler à personne de ces flashes. Qui m'aurait cru ? A l'époque, j'ignorais même ce qu'était un médium. J'ai chassé mes visions et j'ai poursuivi mes études dans la restauration. Mais les flashes sont revenus. Un jour, j'ai vu la mort d'un collègue dans un accident de moto. Encore une vision prémonitoire. Une autre fois, au moment d'allumer le contact, je me suis vu moi-même dans un accident de voiture. J'ai quand même roulé prudemment, mais une voiture a grillé une priorité. Ce jour-là, je me suis dit que mes visions pouvaient peut-être servir...

Le moment était venu de vivre avec, voire d'en faire un métier. Je me suis initié au tarot de Marseille et j'ai commencé à animer une émission de voyance sur une radio normande, où j'ai été repéré. En 1993, j'ai participé à l'émission Mystères sur TF1. Quand j'ai prouvé mon don devant des millions de téléspectateurs, ma famille m'a soudain pris au sérieux ! Rapidement, j'ai décidé d'ouvrir mon propre cabinet de voyance.

Quand j'ai eu ma première vision, mon copain Gilles s'est demandé où j'allais “chercher tout ça“. Aujourd'hui, j'ai enfin un début de réponse. Je pense qu'un médium est surtout quelqu'un doué d'une hypersensibilité souvent révélée lors d'un événement tragique. D'où vient ce don ? Je l'ignore. Parfois, je pense même avoir transmis cette sensibilité à mes deux enfants, mais je ne les encourage pas à suivre ma voie. Parce que, au quotidien, c'est quand même assez compliqué à vivre ! Récemment, ma compagne est rentrée en retard. J'avais vu qu'elle avait croisé une vieille amie. Je me retiens quand je devine que certaines de ses amies sont trompées par exemple. Et je refuse beaucoup de dîners où je risque d'être embêté par des questions gênantes. Je sais que beaucoup ne me croiront pas et je ne les blâme pas. Moi-même, pendant longtemps, j'ai eu peine à y croire. C'est une conviction très intime finalement.

Même si je vis avec ce don depuis près de trente ans, au fond de moi, je reste ce jeune adolescent qui pleure toujours sa mère. Longtemps, j'ai regretté de ne pas avoir pu lui dire au revoir. Comme beaucoup de mes clients, j'ai ressenti le besoin de lui parler. En me concentrant très profondément, j'arrive à communiquer avec certains défunts, mais c'est très éprouvant physiquement. Grâce à cette capacité, je suis entré en contact avec ma maman une fois, grâce à l'écriture automatique. Elle m'a dit des choses très tendres, qu'elle veillait sur moi, qu'elle m'aimait. Je n'ai jamais recommencé. Comme je le dis souvent à mes clients, la voyance ne doit pas être une béquille. Juste une parenthèse avant de retourner dans la vraie vie."

Pour en savoir plus : www.jean-didier.com

Propos recueilli par Céline Jury

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