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« Je suis devenue éleveuse de sangsues après avoir été triple championne aux JO »

Publié le 28 juillet 2011

"Jamais je n'aurais pu imaginer participer un jour aux Jeux Olympiques et encore moins devenir la dernière éleveuse de sangsues en France ! Pourtant, c'est ce qui m'est arrivé. Enfant, j'avais été atteinte par la polio, ce qui avait affaibli une des mes cuisses. Aussi, lorsque j'ai commencé l'escrime, à l'âge de neuf ans, on a commencé par me dire que ce n'était pas un sport de fille, mais surtout que ma jambe d'appui était trop faible. Persévérante et tenace, plutôt que de renoncer, je suis passée de droitière à gauchère ! Et l'aventure m'a emmenée jusqu'aux Jeux Olympiques où j'ai remporté trois médailles en fleuret par équipe (1976, 1980, 1984).

Il a fallu ensuite penser à une reconversion. C'est alors que j'ai appris, par hasard, que la dernière ferme française d'élevage de sangsues était à vendre et que la société était située dans la banlieue de Bordeaux, d'où j'étais originaire. Je n'y connaissais strictement rien mais j'étais très curieuse. Encouragée par mes proches, j'ai donc repris l'affaire toute seule et découvert un monde étrange qui m'a passionné. Depuis, j'habite au-dessus de ma société. De l'extérieur, elle ressemble à une maison individuelle ordinaire sauf que, derrière, s'étend une grande prairie ponctuée d'une dizaine de plants d'eau colonisés par des nénuphars, des libellules... et des sangsues.

Au début, mon père, qui était biologiste, m'aidait pour l'élevage et ma mère pour le côté administratif. Je traînais mon fils partout. Avant même de savoir marcher, il attrapait déjà des sangsues du bord du bassin avec une petite épuisette !

Parmi les 600 variétés qui existent, la sangsue que nous élevons est la seule dont les bienfaits sont reconnus pour les varices, l'arthrose, les tendinites ou encore les maux de dos. En France, on les utilise dans les services de chirurgie plastique et reconstructrice, car elles favorisent les greffes en permettant aux vaisseaux sanguins de se connecter les uns aux autres. Je constate que depuis deux ou trois ans, les mentalités évoluent : des acupuncteurs, des naturopathes et même des kinésithérapeutes nous contactent.

C'est sans doute parce que, contrairement aux médicaments, la sangsue ne présente aucun effet secondaire. Bien sûr, elle est réservée aux personnes qui ne sont pas hémophiles, et la pose doit être encadrée par un thérapeute. Des grands sportifs célèbres y ont déjà eu recours, comme le footballeur Louis Saha qui a soigné ses douleurs au genou grâce à elles ! Je travaille aussi  avec un associé brésilien pour développer une ligne de cosmétiques à base d'extraits salivaire de sangsues. C'est mon prochain défi.

Dans ce métier, je ne m'ennuie jamais et, avec mes trois collègues, je retrouve l'esprit d'équipe qui régnait lors des compétitions d'escrime. Nous nous occupons des commandes et nous prenons soin des sangsues. Je pourrais en vendre deux fois plus mais je préfère la qualité au nombre. Aujourd'hui, je suis contente de la vie que je mène... même si je n'ai pas le temps de prendre des vacances !"

Propos recueilli par Julie Boucher

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