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“Je suis éditeur solidaire pour les enfants les plus pauvres !”

Publié le 25 septembre 2016

À 55 ans, Vincent Safrat, cet éditeur original veut aider les gamins qui ne lisent pas. Il a créé l’association Lire c’est partir, et a vendu l’année dernière plus de deux millions de contes et polars pour les enfants défavorisés. À moins d’un euro le livre !À 55 ans, Vincent Safrat, cet éditeur original veut aider les gamins qui ne lisent pas. Il a créé l’association Lire c’est partir, et a vendu l’année dernière plus de deux millions de contes et polars pour les enfants défavorisés. À moins d’un euro le livre !À 55 ans, Vincent Safrat, cet éditeur original veut aider les gamins qui ne lisent pas. Il a créé l’association Lire c’est partir, et a vendu l’année dernière plus de deux millions de contes et polars pour les enfants défavorisés. À moins d’un euro le livre !À 55 ans, Vincent Safrat, cet éditeur original veut aider les gamins qui ne lisent pas. Il a créé l’association Lire c’est partir, et a vendu l’année dernière plus de deux millions de contes et polars pour les enfants défavorisés. À moins d’un euro le livre !

« Longtemps, jusqu’à 20 ans, je n’aimais pas lire. Et puis, un jour, j’ai découvert un abrégé de L’éducation sentimentale, de Flaubert, qui prenait la poussière sur une étagère. Je l’ai lu et j’en suis resté ébahi. Je me suis mis à dévorer les romans du xixe siècle. Grâce à eux, j’ai tout à coup découvert le monde.

En 1992, j’ai créé l’association Lire c’est partir, avec une idée phare : lutter contre la misère, avec le livre comme moyen d’émancipation !

J’ai décidé dans un premier temps de récupérer des bouquins invendus promis au pilon par les éditeurs. Je les distribuais gratuitement en faisant du porte-à-porte dans les communes d’Île-de-France.

"Depuis cinq ans, je vois des enfants de moins de 10 ans venir directement acheter mes livres pour 0,80 € !"

Je me suis aperçu que les enfants sont très friands de lecture. Dans les quartiers pauvres et défavorisés, le livre est le symbole de la réussite scolaire. Et les gamins, dès qu’ils ont un bouquin entre les mains, ne le lâchent plus. Ils s’y plongent au pied de leur immeuble, dans l’escalier, assis sur un banc.

Six ans plus tard, j’avais de plus en plus de mal à trouver des invendus. J’ai alors décidé d’arrêter le porte-à-porte et de me lancer dans l’édition de livres pour enfants que je vendrais à prix coûtant. Il faut savoir qu’à l’époque, imprimer un livre de poche revenait à 4 francs !

J’ai fait appel à des auteurs ; je cherchais des textes et des dessins à éditer. La première année, j’ai proposé vingt titres différents. Je les tirais à 400 000 exemplaires que je devais écouler en quatre mois.

Cinq jours par semaine, je prenais ma camionnette après avoir contacté les inspecteurs de l’Éducation nationale, la Ligue de l’enseignement, les écoles, les associations de parents d’élèves et les coopératives scolaires qui me servaient de relais pour la distribution. Mon initiative a tout de suite reçu un écho très favorable dans le nord et l’est de la France.

Mon circuit pour me faire connaître passe par les cours de récréation, les squares, les salles communales. Depuis cinq ans, je vois des enfants de moins de 10 ans venir directement acheter mes livres pour 0,80 € !

--> Plus d’infos sur le site : www.boutique-lirecestpartir.com

Aujourd’hui, nous avons cinq camionnettes bourrées de bouquins qui parcourent le pays, entre banlieues pauvres et campagnes. Ma société compte une dizaine de salariés. Le fait que les gamins adorent lire se confirme quotidiennement.

J’en discutais encore l’autre jour avec un directeur d’école qui me certifiait que ce n’était pas si difficile de mettre ses élèves à la lecture. “Avant ils ne lisaient qu’un livre par an. Avec vous, ils en lisent au moins trois”, m’a-t-il juré.

Peu importe le genre : des polars, des classiques (Jules Verne), des contes (Perrault, Andersen et des modernes), des histoires drôles, des albums… Ils tournent les pages pour s’évader. Comme moi.

La moitié des établissements scolaires achètent mes livres. L’an dernier, on en a vendu plus de 2 millions (dont 900 000 via notre site internet). Notre diffusion augmente de 100 000 exemplaires chaque année.

Je continue à me poser la question qui m’a poussé à me lancer dans cette aventure : est-ce que lire va aider ces enfants à sortir de la misère ? Au fond, j’ignore la réponse. Ce que je sais, c’est que quand on a contracté le virus, on ne s’en débarrasse jamais… Et puis, on s’amuse tellement en lisant ! »

Alicia Comet

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