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“Je suis le Kangourou des steppes”

Publié le 13 septembre 2013

Guy, Laà-Mondrans (Pyrénées-Atlantiques)

Deux ans après son premier défi, cet athlète réchappé du cancer repart pour un tour de France sur une jambe. 175 étapes, 6 000 km et un immense message d’espoir !

« Je viens d’atteindre 3.000 km. Cham­pagne ! Parti ce matin, dimanche 16 juin, d’Orgeval, me voici arrivé sur la place de l’Hôtel-de-Ville, à Paris. Depuis mon départ d’Orthez, il y a trois mois, je ne me suis pas arrêté un seul jour.

Pour ce deuxième tour de France, j’ai déjà battu mon record de 2011 et j’espère parcourir jusqu’au 6 septembre 6 000 km, en 175 étapes. Lors de mon premier “Marathon 2 l’espoir”, j’avais parcouru en tout 4.004,120 km, et récolté plus de 30 000 euros pour la Ligue contre le cancer. Cette performance est inscrite dans le Guinness Book des records, comme le plus long trajet couru sur une jambe, sans un jour de repos…

Tout jeune, à 17 ans, j’ai été amputé de la jambe droite, à cause d’une tumeur osseuse. Mais le cancer n’est pas une fatalité. C’est ce que j’ai compris un jour, au cours de ma chimio. Sur mon lit d’hôpital, je regardais le journal télévisé et j’ai vu Terrance Stanley Fox qui traversait le Canada d’un océan à l’autre. Lui aussi a été amputé d’une jambe à la suite d’un cancer des os et, contrairement à moi, il était malade pendant son Marathon de l’espoir, en 1980. Il est malheureusement décédé en juin 1981 à 22 ans, à quelques centaines de km de l’arrivée de sa dernière course.

À l’époque, en regardant Terry, je me suis dit : c’est bien, avec une seule jambe, on peut faire des trucs. Et trente ans après j’ai eu besoin de me sentir utile. J’ai eu la chance de m’en sortir et j’ai eu envie de faire quelque chose de spectaculaire pour sensibiliser les gens. L’histoire de Terry Fox m’a inspiré. Le sport a toujours fait partie de ma vie. Avant la maladie, l’athlétisme, surtout le saut en hauteur et à la perche, me passionnait. J’ai dû apprivoiser ma jambe artificielle avant de devenir skieur. Trois mois après l’amputation, j’étais sur les pistes enneigées. Ancien champion paralympique de ski, j’ai notamment participé aux JO de Calgary en 1988.

Avancer

Jusqu’au jour où un accident de ski m’a obligé à arrêter mes activités. Comme je me suis laissé aller, ma plus jeune fille, Lisa, s’est moquée de mes bourrelets. Alors, j’ai décidé de me remettre en forme en courant. Cette année, j’ai demandé une disponibilité de six mois à mon employeur. Agent administratif à la mairie d’Orthez, je travaille au service des marchés publics. Pour plus de confort, mes béquilles ont été renforcées par des amortisseurs, et pour travailler les appuis, je me suis fait mouler les avant-bras dans des coques en carbone.

On peut suivre tout mon parcours sur mon blog. Je signe mes messages “le Kangourou des steppes” à cause de ma technique de course, car j’intercale un cloche-pied entre deux bonds. Cela me permet d’avancer plus vite et de tenir longtemps. Pour traverser 53 départements, je ne suis pas seul. Les amis et la famille m’ont aidé et je suis suivi par un camping-car où je me loge et me nourris. Je cours en moyenne 37 km par jour, à une vitesse de 8 km/heure. Courir, ce passe-temps fondamentalement absurde, a pourtant donné un sens à ma vie : contribuer à faire avancer la recherche contre le cancer. »

"Le Kangourou. Carnet de route" de Guy Amalfitano et Bernard Bluteau, aux éditions Gascogne.

Pour en savoir plus ou faire un don à la Ligue contre le cancer :
http://guy.amalfitano.over-blog.com/
http://www.alvarum.com/legrand8

Propos recueilli par Anita Buttez

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