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“Je suis numéro 1 mondiale de bridge chez les femmes !”

Publié le 4 décembre 2015

À 63 ans, cette bridgeuse excelle dans sa discipline. Après des dizaines de titres nationaux, sept de championne d’Europe et trois couronnes de championne du monde, Sylvie Willard vient de se hisser au sommet du classement mondial…

« Mes parents m’ont interdit de jouer au bridge jusqu’à mes 18 ans. “Passe ton bac d’abord !” me répétaient-ils. Mon père organisait des compétitions et ma mère, tout en s’occupant de ses huit enfants, s’adonnait aussi à ce jeu. Alors, j’ai commencé par regarder les parties qui se déroulaient à la maison. J’ai vite appris et, mon bachot en poche, participé à mon premier tournoi.

Pour moi, c’est le roi des jeux de cartes, le plus complet. Il développe l’analyse et le sens de la déduction. Chaque coup est comme un jeu de piste. C’est ma vraie passion depuis quarante-cinq ans. J’ai fait une licence d’informatique avant de tout arrêter pour me consacrer au bridge, d’abord en travaillant avec mon père puis en devenant professeur. Quand je participe à de petits tournois avec mes élèves, je m’applique pour qu’ils obtiennent le meilleur résultat possible. Je respecte trop ce jeu pour ne pas tout lui donner, quel que soit l’enjeu.

"Il peut même m’arriver de jouer dix-sept jours d’affilée, huit heures par jour."

Il peut même m’arriver de jouer dix-sept jours d’affilée, huit heures par jour. C’est épuisant, mentalement et physiquement, ça demande beaucoup de concentration et engendre de la tension. En course pour la gagne, on stresse ! Certains me disent : “Mais tu es toujours assise…” C’est vrai, mais à la fin d’une longue compétition, on a mal partout. Comme lors de notre dernier voyage à Chennai (Inde) où nous avons remporté notre troisième titre de championnes du monde par équipe ! On se levait à 8 h pour jouer de 11 à 20 h, avant d’aller faire un plongeon bien mérité dans la piscine de l’hôtel, histoire de se défouler avant d’aller se coucher pour être d’attaque le lendemain.

Pour lutter contre la pression, je m’isole dans ma bulle, m’allonge quelques instants sur un lit et ne fais plus rien. Une façon de décharger le trop-plein. Et puis, quand on joue souvent, on arrive à garder intacte la concentration nécessaire.

Notre victoire aux championnats du monde à la mi-octobre m’a permis d’accéder à la première place mondiale du classement féminin. J’ai immédiatement pensé à mon père, qui aurait été si fier de moi. Cela m’a fait plaisir, bien sûr, même si je n’ai pas la grosse tête. J’ai vu des gens venir vers moi pour me dire : “Est-ce que je peux vous toucher ?” “Évidemment, je suis un être humain, pas E.T. !” ai-je répondu…

"La pratique de ce jeu est extraordinaire pour garder les petites cellules grises en état de marche."

Pour bien jouer au bridge, il faut un bon esprit d’analyse, et une excellente mémoire que cette discipline permet d’entretenir. Je dois avouer que la mienne est très sélective : je ne me rappelle jamais le nom des coupables dans les romans d’Agatha Christie. En revanche, je peux me souvenir d’une donne spectaculaire que j’ai jouée il y a six mois ! On doit aussi avoir le sens des cartes. Et ça, on l’a ou on ne l’a pas… Pour être au top niveau, il faut aussi un petit “plus” : savoir évaluer une situation, la juger.

La pratique de ce jeu est extraordinaire pour garder les petites cellules grises en état de marche. Pour jouer au bridge à 85 ans, il faut avoir conservé toutes ses facultés ! Mais on peut commencer ce jeu n’importe quand. Beaucoup s’y mettent à la retraite. Il y a plus de 2,5 millions de pratiquants réguliers en France. Quant à moi, numéro 1 mondiale à 63 ans, je suis la preuve vivante qu’il n’y a pas d’âge pour y arriver. Et je découvre encore des astuces et des situations inédites après des années de pratique intense. C’est ce qui fait la beauté de ce jeu ! »

 
Alicia Comet

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