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Témoignages

“Je suis prêt à mourir pour que cesse la corrida !”

Publié le 27 août 2013

Christophe, camping du Lac, Mimizan (Landes)

Ce militant de la cause animale de 48 ans a cessé de s’alimenter depuis le 31 juillet dernier. Le but de sa grève de la faim ? Faire pression sur le maire de la commune qui propose des corridas dans les arènes de Mimizan.

« Je vais aller jusqu’au bout. Je suis venu dans ce camping du Lac pour démarrer une grève de la faim. Cela fait quinze ans que je milite contre la corrida, contre les expériences sur les animaux, le gavage des oies… Mais là, cela ne peut plus durer. Mimizan est bien le symbole de la nouvelle implantation des corridas. Jusqu’ici, il n’y avait dans cette région que des “courses landaises”, des spectacles divertissants traditionnels avec taureaux et vaches.

Mais depuis trois ou quatre ans, la mairie et les aficionados de la région se sont mis en tête d’organiser de vraies mises à mort de taureaux. Tout cela pour faire venir plus de touristes ! Résultat : les enfants, apeurés, sont en larmes, et les adultes choqués par tant de violence. J’ai donc décidé de me battre à ma manière pour empêcher ça.

La première véritable corrida a été organisée ici en 2009 et, après une interruption en 2010, ils ont repris en 2011. Or, l’article 521-1 du Code pénal est clair et exige que la tradition locale soit “ininterrompue”. Je suis venu du Pays basque le 31 juillet dernier pour planter ma tente dans ce camping, situé à dix minutes du front de mer. Sylvie, l’une de mes amies militantes, m’a rejoint pour protester contre la sauvagerie de ces spectacles insoutenables.

Décidé

À l’heure où je vous parle, je tiens bon. J’ai perdu quatre kilos les trois premiers jours et cela continue. Je ne mange plus rien et ne bois que de l’eau. Sans vitamines, sans sucre. Pour l’instant, j’économise mes gestes, restreins mes sorties et passe de longues heures au camping. Chaque jour, Sylvie et moi, nous nous rendons, tant que nous avons encore des forces, sur la plage de la Garluche pour afficher notre détermination et expliquer aux Mimizannais notre démarche, nos convictions. Nous rencontrons de nombreux vacanciers ainsi que des locaux qui nous soutiennent de tout cœur.

Nous sommes aussi suivis pas un médecin qui prend notre tension tous les deux jours. Il nous a bien expliqué que l’on pouvait faire un malaise à chaque instant, que notre cœur pouvait s’arrêter. La sensation de faim est très fugitive pour l’instant, et je n’ai pas encore perdu mon énergie. Mais je ne sais absolument pas de quoi demain sera fait, si je pourrai encore lutter. Dans tous les cas, et quelle que soit notre condition physique dans les jours à venir, nous sommes bien décidés à nous faire entendre, même si nous risquons notre vie : les deux prochaines corridas organisées le 24 août prochain à Mimizan ne doivent pas avoir lieu !

Ici, les habitants ne se retrouvent pas du tout dans cette pratique archaïque d’origines espagnole et portugaise, qui n’est pas une tradition dans cette cité balnéaire familiale. Ce qui me gêne surtout, c’est le spectacle de la mort des taureaux qui est proposée au public. On ne les tue pas pour leur chair ou leur peau, mais juste pour le plaisir d’assister à une boucherie d’un autre temps. C’est un divertissement dont on peut bien se passer au XXIe siècle ! Il faut savoir que les corridas ne séduisent que 10 000 aficionados dans toute la France. Une toute petite minorité !

Tuerie

Et le pire c’est qu’ici, la corrida n’est pas annoncée en tant que telle. Les tracts et les affiches pour le Festival taurin du 1er août ne la mentionnaient pas… Il n’était inscrit nulle part que l’on allait mettre à mort six taureaux. Ce n’est pas le spectacle charmant des vachettes d’Intervilles, c’est une vraie tuerie organisée ! Hélas, le seul et unique moyen de se faire entendre aujourd’hui, c’est de faire la grève de la faim… »

Propos recueilli par Alicia Comet

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