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Témoignages

“Je suis toujours funambule à 82 ans”

Publié le 24 octobre 2013

Henri Réchatin, dit “Henry’s”, Saint-Étienne (Loire)

Ce jovial Stéphanois, sacré “plus grand funambule du monde” en 2000 par le “Guinness des records”, refuse de raccrocher son balancier. Frais comme un gardon, il est décidé à défier les lois de la gravité le plus longtemps possible.

« Me lancer dans le vide, c’est comme aller aux champignons… J’ai toujours aimé le risque. Je suis devenu très tôt un saltimbanque. Mon père était acrobate, et à 5 ans déjà, je faisais mes premiers pas sur la piste. C’était en 1936. À l’époque, on disait que j’étais le plus jeune jongleur du monde. Et plus tard, alors que d’autres maniaient des quilles, moi, je jonglais avec des poignards et des faucilles. J’ai toujours été attiré par les exploits. Vers 20 ans, j’ai bouclé un tour de France sur échasses : 4.400 km en cent jours ! Mais ce qui a vraiment lancé ma carrière, c’est ma traversée, en 1965, du barrage de Grangent, près de Saint-Étienne.

Prouesse

Ma prouesse a été retransmise dans le monde entier. J’étais en équilibre sur un câble de 1,5 km à plus de 250 m de hauteur ! Et bien sûr, sans filet ! Je n’ai jamais voulu avoir de sécurité, ce qui m’a coûté quelques gros contrats, d’ailleurs. Le numéro qui a contribué à asseoir ma renommée, c’est celui des chaises en équilibre. Je suis le seul à le réaliser à grande hauteur, au-dessus de précipices vertigineux. Je l’ai fait, par exemple, au bord du Grand Canyon ou de l’aiguille du Midi… Un record ! J’ai aussi réussi beaucoup de performances en équilibre sur un fil, à pied ou à moto : sur le câble du téléphérique de Grenoble, aux chutes du Niagara…

La plus saugrenue reste celle réalisée en 1973, au-dessus d’un supermarché stéphanois. J’ai passé six mois non-stop perché sur un câble suspendu à 25 m de hauteur. J’y ai mangé, dormi… Toujours en équilibre et parfois sous la neige. Des spécialistes de l’hôpital neurologique de Lyon, venus étudier mon sommeil à l’aide d’électrodes, ont découvert que je ne dormais que par microphases pour conserver mon assiette… C’est un drôle de souvenir !

Son tour de France sur des échasses à 20 ans

En 2000, le Livre Guinness des records m’a sacré “Plus grand funambule du monde”. Un honneur ! Ma plus belle récompense reste toutefois ma rencontre avec Jannyck, mon épouse depuis plus de quarante ans. Je cherchais une volontaire parmi le public, elle s’est proposée… Et on ne s’est plus quittés. Devenus partenaires sur scène et dans la vie, on a réalisé un super-numéro dans lequel elle était suspendue par une nacelle à la moto que je conduisais sur câble. On a même passé une semaine dans une maison suspendue par un câble au Japon. Je lui en ai fait voir de toutes les couleurs ! Ensemble, on a fait le tour du monde : Norvège, Allemagne, Chine…

Elle a arrêté et aimerait bien que j’en fasse autant ! Mes enfants et petits-enfants me demandent aussi de raccrocher. Ils étaient blancs comme des linges durant le show de mes 80 ans, à Dunières (43). Ils me regardaient passer au-dessus de leur tête, tétanisés, à plat ventre sur la moto… Avec mes 25 fractures au compteur, je les comprends. Une fois, le câble s’est rompu et j’ai chuté de 12 m. Mais il m’est arrivé de me briser les poignets en sortant les poubelles, alors… Le funambulisme, c’est ma vie, je ne vais pas me refaire, à mon âge… »

Propos recueilli par Chloé Belleret

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