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“Je suis une psy pour chiens”

Publié le 4 janvier 2013

Après une vie de voyages, cette ancienne hôtesse de l’air, diplômée de psychopathologie, licenciée en communication, a décidé de prendre en main l’éducation de nos amis à quatre pattes… et de leurs maîtres !

« Avec les chiens, c’est un peu comme avec les êtres humains, il faut fixer des règles de vie en société, et mettre en place des limites précises. Mais pour faire respecter ces usages, il est inutile d’adopter une attitude autoritaire ou violente ! C’est ce que j’ai compris à force de côtoyer ces animaux passionnants, mais aussi au cours de ma formation. À 48 ans, après avoir été navigante dans des compagnies aériennes et travaillé dans la gestion immobilière, je me suis reconvertie. Un beau matin de 2006, ma chienne Simone et moi avons quitté la région parisienne, pour nous installer près du lycée agricole de Saint-Gervais-d’Auvergne, où j’ai fait mon apprentissage. J’y ai obtenu mon brevet professionnel d’éducateur canin, et j’exerce, depuis lors, ce merveilleux métier qui consiste, d’abord, à éduquer… les maîtres !

Valorisation

Je suis adepte des méthodes centrées sur la valorisation et la récompense de l’animal. Une attitude qui encourage les bons comportements et en ignore les mauvais. Grâce à cette technique, le chien devient un collaborateur enthousiaste, en totale confiance avec son maître. Et ça change tout ! Inutile, par exemple, de crier pour qu’il obéisse.

Ainsi, cette dame, qui m’avait appelée pour que je l’aide à “mater” son bouledogue français, qui soi-disant refusait d’obtempérer. J’arrive chez elle, et la voilà qui hurle “Enzo” d’une voix de charretier. Le malheureux finit par arriver, avec une tête de condamné. “Pourquoi criez-vous comme ça ?”, lui ai-je demandé. “Je dois lui montrer que je suis le dominant de la meute”, m’assure-t-elle. Comment un être humain pourrait-il être le chef d’une meute de chiens ? Et puis, vous aimeriez, vous, travailler avec un patron qui vous beugle des ordres à longueur de journée ? Au mieux, vous ne fournissez plus d’efforts et sombrez dans la dépression, au pire, vous devenez agressif ! En revanche, si votre chef vous encourage à donner le meilleur de vous-même, vous pouvez vous épanouir…

Lors de mon apprentissage, j’ai également appris à utiliser le clicker training, un petit objet comportant une languette métallique qui, en cliquant, associe une récompense. Conçu au départ pour communiquer avec les dauphins, ce procédé est aujourd’hui beaucoup utilisé dans le cinéma, et c’est probablement grâce à cela que Uggie, le jack russell terrier de The Artist, a pu jouer aussi bien la comédie. De même que la famille n’est pas une meute, il n’y a pas de races dangereuses. Moi qui suis habilitée à former les possesseurs de chiens de 1re et 2e catégories (pitbull et rottweiller, par exemple), je me rends compte que ce sont les êtres humains, surtout, qui les rendent potentiellement agressifs.

Je me souviens de cette chef d’entreprise qui m’avait demandé de venir voir son beauceron qui montait la garde dans l’usine la nuit. Il semblait bien traité et, durant la journée, il restait tranquillement dans un enclos. Mais récemment, et sans raison apparente, il était devenu agressif, et sa maîtresse craignait un accident qui aurait débouché sur la fermeture de sa société. Lorsque je suis arrivée sur les lieux, il était dans son enclos et ne m’a pas paru hostile, sauf lorsque certains ouvriers passaient près du grillage.

Ce détail m’a permis d’enquêter auprès du personnel et d’apprendre que des petits malins s’amusaient quotidiennement à l’asticoter, notamment un jeune homme qui s’entraînait avec lui au “mordant”, une activité sportive qui ne peut se pratiquer qu’encadrée. Or il n’avait pas les aptitudes requises et ne réussissait qu’à rendre le chien incontrôlable. En plus de redonner confiance à l’animal, j’ai expliqué à tous les employés que la sauvegarde de leur emploi dépendait du bien-être de ce chien ! Un raccourci efficace qui les a vite calmés…

Jeu de rôle

Une autre fois, j’ai dû intervenir chez un couple dont le boxer tirait énormément sur sa laisse, tandis que ses maîtres tiraient violemment dans l’autre sens pour le ramener, en l’étranglant à moitié. J’ai eu une idée saugrenue, mais qui a payé : pour leur montrer que cela ne servait à rien et qu’il fallait donner à leur animal une motivation pour rester près d’eux, j’ai imaginé un jeu de rôle. Je me suis attribué celui du maître et j’ai passé le collier du chien autour de la main du monsieur. Je me suis alors mise à tirer sur la laisse, comme il le faisait avec Bambou, sous les rires de sa femme. J’ai pu ainsi leur faire comprendre que l’important était qu’ils deviennent attractifs pour que leur boxer ait envie de marcher près d’eux, et en deux ou trois séances, les choses sont rentrées dans l’ordre.

Parfois, mon intervention peut aider un maître à faire évoluer sa relation à l’autre. C’est ce qui est arrivé avec cette artiste lyrique, récemment retraitée, qui avait pris un chien pour ne pas se sentir trop seule. D’un caractère assez secret, gardant un contrôle permanent sur ses émotions, elle n’avait pas réussi à créer un lien avec son petit compagnon. Je l’ai emmenée au bois de Vincennes, loin des regards. Là, sûre que personne ne pouvait la voir ni la juger, elle a pu se lâcher : elle s’est mise à jouer avec lui, à l’appeler en tapant sur ses cuisses, à faire toutes sortes de bruits, quitte à avoir l’air ridicule, pour l’encourager à s’approcher et à marcher auprès d’elle.

Au bout de quelques séances, on a fait le test ultime : je lui ai demandé de se cacher derrière un arbre et de l’appeler. Le chien est accouru à fond de train pour la retrouver, ce qu’il n’avait jamais fait auparavant. La dame a été submergée par l’émotion et, depuis ce jour, a changé sa façon de se comporter… avec lui, mais aussi avec son entourage ! »

Pour contacter Catherine Masson et avoir des informations : www.animalsavenue.blogspot.com

Propos recueilli par Anne Comte

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