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"Je vais parcourir 1 325 km à pieds... sans mes pieds !"

Publié le 31 octobre 2011

"Toute ma vie, j'ai eu en tête l'image d'un jeune d'une vingtaine d'année, que j'avais vu à la télévision alors que j'étais au Canada. Il s'appelait Terry Fox et était paraplégique. C'était la première fois que j'entendais ce terme. Pourtant, il entamait un “marathon de l'espoir“, une traversée du pays afin de lever des fonds pour la lutte contre le cancer. J'étais impressionné.

Un an plus tard, l'année de mes 20 ans, je suis devenu paraplégique à la suite d'un accident de moto. Une vertèbre, déplacée sous le choc, comprimait ma moelle épinière, déchirant mes nerfs. Impossible de sentir mes jambes. Les six premiers mois, j'étais persuadé de remarcher. Je me revois regardant mes doigts de pied pour les faire bouger. En vain.

Tous essayaient de me rassurer : “Tu arriveras à vivre comme tout le monde, à t'insérer dans le monde du travail, à avoir une vie sociale et amoureuse.“ Mais aujourd'hui, à 50 ans, je peux dire que c'est impossible de se réinsérer. On ne peut pas rouler aussi vite qu'une Ferrari quand on a une 2 CV. Pourtant, j'ai essayé en ouvrant une boutique de vêtements avec une amie, mais je mets tellement de temps à faire le moindre geste ! J'étais stressé, je mangeais mal, j'ai fini par faire deux embolies pulmonaires. Le médecin m'a alors dit qu'il fallait que je pense à ma santé.

Quelque temps après mon accident, je suis allé en Afrique, c'était mon premier défi. Une association qui distribuait du matériel pour soigner à la poliomyélite cherchait un photographe. J'y suis allé. Je me souviens du moment où j'ai nagé dans le fleuve Niger et de cette sensation dans l'eau... J'ai fait d'autres voyages en tant que photographe, je me suis mis au sport, au basket panier et puis, il y a quatre ans, je me suis lancé un nouveau défi, inspiré par Terry Fox.

Le 10 août dernier, le jour de mes 50 ans, je suis parti du Havre en direction de Menton : 1 325 km que je parcours à pied à raison de cinq kilomètres le matin et 5 km l'après-midi. Le soir, je dors dans un camping-car. C'est très éprouvant pour moi, qui, d'ordinaire, passe mes journées dans un fauteuil roulant. Je porte des orthèses en carbone, et utilise de longues cannes spéciales. Je n'ai plus de muscles fessiers donc seule ma sangle abdominale travaille ! C'est très curieux de marcher sans que ses pieds touchent le sol.

Avant le départ, je me suis entraîné avec un excellent préparateur physique Olivier Amalberti. Il a même réussi à me faire pédaler ! J'allais aussi dans un parc, pas loin de chez moi, à Nice, pour marcher seul sur une piste d'athlétisme de 70 m. Des curieux m'encourageaient.

Je fais cela pour aider Alarme, l'association pour la recherche sur la moelle épinière. Mon but est de sensibiliser les gens : si chacun donnait 1 €, ce serait déjà énorme ! C'est le manque de connaissance qui entraîne des paralysies qu'on ne sait pas guérir pour le moment.  Il faut aussi faire de la prévention : en ce moment, par exemple, les enfants jouent aux catcheurs professionnels sans savoir que c'est dangereux. À cause de cette mode, 43 d'entre eux, des petits de 10 à 12 ans, sont devenus paraplégiques ! C'est très difficile pour eux, leurs projets de vie sont bouleversés. Je ne sais pas quand j'arriverai à Menton mais l'important est de  faire parler de la recherche sur la moelle épinière, de récolter des dons. Il ne faut plus qu'une mauvaise chute ou un accident entraîne la paralysie, ce n'est pas une fatalité."

Blog : Pour faire un don et en savoir plus, rendez-vous sur le blog : http://joekals.over-blog.com et le site : www.joekals.com.

Propos recueilli par Julie Boucher

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