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« Je vais participer à mes 4e Jeux paralympiques »

Publié le 17 septembre 2012

Ce grand sportif au physique hors norme s'active sans relâche pour décrocher sa première médaille et faire reculer les préjugés.

« Certains ont tout, et pourtant tout va mal... Mon crédo à moi, c'est de toujours regarder vers l'avenir avec optimisme. C'est vous dire combien je suis confiant pour les Jeux de Londres, en septembre. Même si notre équipe de rugby-fauteuil est toute jeune, je compte tout donner pour la décrocher, cette médaille ! Quitte à crever sur le terrain ! Un titre paralympique serait la plus belle récompense de ma carrière sportive. Pour moi, les Jeux sont un magnifique concentré d'émotions, une sorte de guerre mondiale d'où les gens sortent grandis. Et je ne m'en lasse pas. Avant le rugby,  j'y ai déjà participé trois fois, à Atlanta, Sydney et Athènes, avec l'équipe de France de basket-fauteuil. J'en ai été très honoré.

Pourtant, ça n'était pas gagné d'avance ! Car je suis un enfant de la thalidomide. Dans les années 1960-70, ce médicament était prescrit aux femmes enceintes, avant que l'on se rende compte qu'il provoquait chez le bébé de graves malformations. Moi, je suis né sans jambes, et avec des mains atrophiées, à Monastir, en Tunisie. Je suis arrivé en région parisienne à l'âge de 2 ans avec mes parents, afin de bénéficier d'un véritable suivi médical. Toute mon enfance, j'ai navigué entre les hôpitaux et les centres de rééducation. Je suivais des cours avec d'autres enfants malades, et j'étais bon élève même si ce n'est pas toujours évident d'étudier quand on est sous morphine...

Pendant cette période, le sport m'a beaucoup apporté. Très tôt je me suis jeté à l'eau, avec succès : 15 titres de champion de France de natation handisport. Je m'entraînais tous les jours. Le sport me permettait de me surpasser, de transcender mes différences. Ma famille était très fière de moi. Quand je rentrais à la maison le week-end, c'était le bonheur, l'éclate totale. Mes parents se sont toujours appliqués à me traiter de la même façon que mon frère et mes deux sœurs. Comme eux, j'ai reçu beaucoup, beaucoup d'amour.

Bagarreur

À 17 ans, j'ai voulu me mettre au basket-fauteuil. Mais avec mes mains abîmées, on m'a mis des bâtons dans les roues... Faut pas croire, la discrimination existe aussi dans le milieu du handicap ! À force d'abnégation, la passion a fini par vaincre la raison : j'ai fini par trouver un club, puis j'ai été sélectionné en équipe de France. Aujourd'hui, je joue toujours au basket en club mais, en parallèle, je me suis mis au rugby-fauteuil depuis deux ans.

Ce qui m'a plu dans cette discipline, c'est que l'âme du rugby traditionnel est préservée : l'impact, la percussion, à travers les chocs frontaux et brutaux de nos carlingues. J'aime cet engagement, ce côté bagarreur. D'ailleurs c'est assez dangereux, cette année j'ai subi pas mal de blessures. Mais là, ce sont des souffrances que je choisis, pas celles que je subis. Mes coéquipiers sont en majorité d'anciens rugbymen affectés par de graves accidents. Pour jouer au rugby-fauteuil, il faut être tétraplégique ou assimilé comme tel. Pendant nos entraînements (quatre fois par semaine en ce moment avec l'équipe de France), on ne pense pas à nos différences. On se chambre, même. Je dis souvent : "Handicapé, jamais pendant le sport !"

L'an dernier, nous avons rencontré l'équipe de rugby du Stade français. On les a fait jouer sur des fauteuils. Ça a été assez dur pour eux au début, mais ils ont adoré ! Nous nous sommes trouvé beaucoup de points communs. Faire reculer les préjugés, c'est le combat que je mène aussi hors du terrain, dans cet univers très riche qu'est le milieu associatif. En 1995, j'ai co-créé Cap Saaa Paris (Cap sports arts aventures amitié), qui se consacre à la prévention et à la sensibilisation au handicap via le sport, formidable outil pédagogique ! Je préside aussi CQFD (qui organise le Défistival, rendez-vous annuel de la mixité et de la diversité) et le Comité du sport adapté d'Île-de-France, l'équivalent d'Handisport mais pour les handicap mentaux et psychiques.

Vous l'aurez compris, j'ai à cœur de me battre pour que l'on cesse de considérer les "z'handicapés" comme des "sous-hommes". Notre singularité n'est qu'une de nos facettes ! Et nous, sportifs, sommes avant tout des athlètes. Vous en doutez ? Rendez-vous aux Jeux Paralympiques ! »

Propos recueilli par Emmanuel Salloum

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