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« Je vais tenter de rallier les cinq continents à la nage »

Publié le 23 mai 2012

Depuis son accident, France Dimanche prend régulièrement des nouvelles de ce grand miraculé. En exclusivité, il nous présente son nouveau défi.

« Le 5 mars 1994, alors âgé de 26 ans, je suis monté sur le toit de ma maison pour y démonter notre antenne de télévision, en prévision d'un déménagement. J'ai heurté une ligne électrique et j'ai été traversé par une tension de 20 000 volts. La première décharge provoque un arrêt cardiaque, la seconde me ranime. Jusqu'à ce que les pompiers arrivent, ma femme, enceinte de notre deuxième enfant, et mon fils de 7 ans, Jérémy, assistent, impuissants, à la scène.

Complètement brûlé, j'ai dû être hospitalisé durant trois mois en centre intensif et stérile des grands brûlés, et j'ai dû me faire amputer de mes quatre membres. C'était deux mois avant la naissance de Grégory. Je me sentais désespéré. Un jour, sur mon lit d'hôpital, j'ai vu à la télévision un reportage sur Marion Hans, une nageuse française de 16 ans, qui tentait de traverser la Manche à la nage. Elle y est parvenue le 1er août 1994. J'ai vu ces images de dépassement de soi, cette fille qui se battait contre les éléments : les vagues immenses, les courants, le froid... Je me suis dit : Pourquoi pas moi ?

J'ai d'abord cherché à me reconstruire. Au terme de plus de cent heures d'anesthésies et de réanimation, j'ai réussi à marcher, à conduire, et même à refaire de la plongée. En 2006, j'ai écrit “J'ai décidé de vivre*“, à l'aide d'un logiciel de reconnaissance vocale.

Entrainement quotidien

Mais sept ans après mon accident, ma femme, m'a quitté. Après trois années de solitude, j'ai fait la connaissance, grâce au site de rencontres Meetic, de Suzana, mère célibataire de trois filles. Un an plus tard, elle s'installait chez moi. Aujourd'hui, nos enfants s'entendent très bien. C'est grâce à elle que j'ai trouvé le courage, en 2008, de me lancer dans le projet de traverser la Manche à la nage. Je me suis entraîné pendant deux ans, à raison de plus de 35 heures de natation par semaine, et 280 kilomètres par mois. Je nageais en piscine, dans le bassin sportif de la ville de Châtellerault. Mais aussi en lac et en mer à La Rochelle, avec la Gendarmerie maritime nationale, équipé de coûteuses prothèses de palmes en carbone et en titane et d'une combinaison de triathlète.

Le 18 septembre 2010, à l'âge de 42 ans, j'ai réussi mon défi sportif : nager une quarantaine de kilomètres dans une eau à 14°C, entre Folkestone (en Grande-Bretagne) et le Cap Gris Nez (en France), en 13 heures et 26 minutes. Durant toute la traversée, j'ai été accompagné par un bateau de pêche, qui me ravitaillait. Cet exploit, que je relate dans “J'ai traversé la Manche à la nage“ **, je le dois à Suzana. Sans elle, mais aussi sans mon entraîneur, Valérie, rien n'aurait été possible.

Cette traversée, très médiatisée, a changé ma vie : je suis sollicité pour faire des conférences dans les entreprises, où les personnes handicapées ne représentent que 6 % des salariés. Je me rends aussi dans les écoles pour parler du handicap et expliquer aux enfants que notre existence n'est pas finie, que tout est possible.

L'exploit sportif m'a procuré une joie incommensurable, mais aussi une immense tristesse quand tout à été fini... C'est pourquoi j'ai voulu me lancer dans une nouvelle aventure : avec mon ami Arnaud Chassery, nageur valide, nous allons tenter de relier symboliquement les cinq continents à la nage, en quatre mois. Quatre traversées sont prévues : de la Papouasie (Océanie) à l'Indonésie (Asie), où les méduses tueuses ne doivent pas être négligées ; de l'Égypte (Afrique) à la Jordanie (Asie) dans la mer Rouge, une eau infestée de requins ; du Maroc (Afrique) à l'Espagne (Europe), via le détroit de Gibraltar, où les courants sont extrêmement violents et le trafic maritime important ; puis de l'île gelée de la Grande Diomède, en Russie (Europe), à celle de la Petite Diomède, aux États-Unis (Amérique), dans les eaux glacées (entre 0 et 3°C) du détroit de Béring, où vivent, notamment, des orques. Nous irons à la rencontre des populations locales pour comprendre comment ils vivent, et comment les handicapés vivent aux quatre coins de la planète.

Nous nous préparons à relever ce défi : on s'entraîne dans le bassin olympique de Font-Romeu (Pyrénées orientales), aux côtés de grands nageurs internationaux qui se préparent, eux, pour les Jeux Olympiques de Londres. C'est excitant ! On fait aussi quelques sorties en lac de montagne.

Notre périple débute le 6 mai et se termine en août. J'espère prouver qu'un nageur valide et un nageur handicapé peuvent affronter ensemble l'adversité, et gommer leurs différences. Quels que soient notre couleur de peau, nos handicaps, nos opinions politiques ou religieuses, nous sommes tous les mêmes sur cette planète. »

* "J'ai décidé de vivre", de Philippe Croizon, Jean-Claude Gawsewitch Editeur, 20 €.
** "J'ai traversé la Manche à la nage", de Philippe Croizon, Jean-Claude Gawsewitch Editeur, 19,90 €.
Pour en savoir plus sur le projet « Nager au-delà des frontières » : http://www.nageraudeladesfrontieres.com/

Propos recueilli par Florence Heimburger

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