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« Je veux finir mes jours auprès de mon sanglier »

Publié le 17 septembre 2012

Cet octogénaire a recueilli un marcassin, alors que c'est interdit par la loi. Bamby pourrait lui être enlevé et même abattu, ce qu'il ne supporterait pas.

"Lorsque j'ai vu, le 5 mai dernier, arriver chez moi les gardes-chasses, j'ai eu un coup au cœur. J'ai tout de suite su que c'était pour Bamby. Je suis chasseur et je sais que la loi interdit d'avoir chez soi un animal sauvage sans autorisation, mais jamais je n'aurais cru que l'on me dénoncerait. Les gardes m'ont donc dit que j'étais en infraction, et que mon sanglier pourrait être abattu. J'étais tout retourné. Je suis cardiaque et j'étais vraiment abasourdi. Je leur ai aussitôt dit que pour le tuer il faudrait d'abord me passer dessus. Et puis, j'ai fait savoir à l'administration que si on me retirait Bamby, je pourrais aller jusqu'à me suicider. J'adore mon épouse, mais cette bête m'est très chère. Elle m'apporte beaucoup de bonheur et je n'imagine pas ne plus l'avoir avec nous...

C'est le 28 février 2011 que je l'ai trouvée dans la forêt lors d'une battue aux sangliers. Je marchais et, soudain, j'ai entendu un bruit de feuillage derrière moi. Je me suis retourné et je l'ai vu, tout petit marcassin. Il me regardait avec ses jolis yeux. Il n'était pas bien vieux, ne mesurant que quelques centimètres. Le pauvre animal cherchait sa mère, mais elle avait été tuée la veille par d'autres chasseurs. Il était incapable de se débrouiller tout seul. Il m'a attendri et je l'ai mis dans une de mes chaussettes pour le ramener à la ferme. Comme la maman de Bambi, dans le dessin animé, avait, comme la sienne, été tuée par des chasseurs, j'ai décidé de lui donner ce nom mais avec Y à la fin. Ma femme et moi l'avons nourrie au biberon pendant des semaines. Nous lui avons aussi installé un petit panier dans la cuisine. Il s'est vite montré très affectueux et gourmand. Il adore les petits gâteaux secs que j'achète rien que pour lui.

Et puis, le petit marcassin a grandi. Alors je lui ai fait un enclos adapté derrière la grange. Je lui ai même construit un bassin pour qu'il puisse se rouler dedans. J'ai sécurisé l'endroit avec du fil électrique, comme pour les vaches, afin qu'il n'aille pas n'importe où et n'effraie personne. Quand je l'ai recueilli il ne faisait que 800 g mais aujourd'hui, quatorze mois après son arrivée, il pèse 86 kg ! Avec ma femme on passe de longs moments avec lui. Il nous fait tout le temps des câlins. Il est suivi par un vétérinaire et n'a aucune maladie. À 83 ans,, je veux qu'on me laisse finir tranquillement mes jours avec lui.

Mon histoire a été relatée par La Dépêche du Midi, le journal régional, et des gens du monde entier, de France, mais aussi de Belgique, d'Allemagne et même de Thaïlande m'ont manifesté leur soutien. Plusieurs associations de protection  des animaux m'ont assuré qu'elles m'assisteraient au tribunal si j'étais traîné en justice. Mais le plus incroyable, c'est que ma femme et moi ayons reçu le soutien d'Alain Delon qui a lu notre histoire. Il possède des biches, et a déjà  par le passé, a pris partie pour un homme de notre région qui, comme moi, avait un sanglier. Il a dit qu'il comprenait mon désarroi et mon inquiétude et qu'il fallait qu'on nous laisse tranquille. Nous le remercions beaucoup. Lui, une si grande vedette, voler ainsi à notre secours ça nous fait chaud au cœur.

J'ai écrit à la préfecture pour solliciter leur clémence et l'on m'a déjà laissé  entendre que je pourrais peut-être bénéficier d'une dérogation pour garder Bamby, qui fait désormais partie de la famille. Je le souhaite de tout mon cœur."

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