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Jean-François Lajeunesse : “Courir m’a permis d’en finir avec l’alcool !”

Publié le 20 octobre 2018

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Jean-François Lajeunesse, 61 ans, a trouvé grâce au sport l’énergie et la volonté de s’arrêter de boire, un mal qui le rongeait depuis trop longtemps.

«Durant mes vingt premières années, j’aimais beaucoup courir.

Et puis, je me suis lancé dans la politique et me suis investi dans la vie locale.

En parallèle, pour gagner ma vie, je faisais beaucoup d’animations commerciales.

J’adorais surtout aller boire un coup avec les amis.

J’appréciais l’ambiance des cafés.

À l’âge de 30 ans, j’étais ce que l’on appelle un bon vivant, avec plein de copains de bar.

Certains de mes proches me mettaient en garde car ils trouvaient que je buvais trop.

Ceux-là, je ne les écoutais pas. Je ne voulais même plus les voir.

Je commençais à être dans le déni.

En 1995, j’ai été élu conseiller municipal à Sainte-Luce-sur-Loire (en Pays nantais), avant d’être candidat aux élections législatives en 1997, puis cantonales en 1998. Il faut savoir que la campagne est permanente.

On est toujours sur le terrain.

Fuite

Je recherchais ces moments de fête où l’on sirote un verre puis un autre avec les électeurs.

Toujours une bonne occasion de porter un toast !

Avec le recul, je pense que je fuyais mon existence quotidienne, en me réfugiant dans l’alcool.

Le plus étonnant est que je n’étais jamais vraiment enivré, ni soûl.

À la différence de la plupart de mes copains. 

Je me rends compte aujourd’hui que j’allais alors volontairement chez les gens à l’heure de l’apéro pour me faire offrir un verre.

J’encaissais bien l’alcool.

Il faut dire que j’étais entraîné puisque je buvais tous les jours, dès potron-minet.

Je dormais avec une bouteille de vin blanc à mes pieds.

Je me mis à grossir. J’ai pesé jusqu’à 107 kg. J’étais bouffi.

Je me suis séparé de ma femme et je ne voyais mes jumeaux que lorsque j’étais en forme…

Ils ne m’ont jamais abandonné, même si je n’étais pas toujours à la hauteur.

Petit à petit, j’ai sombré. Je me suis retrouvé SDF, hébergé chez un couple d’amis pendant un an.

Sur eux aussi, j’avais une mauvaise influence. Je les incitais à picoler le soir, à la maison.

C’est finalement la femme qui a décidé de me mettre à la porte !

Je n’étais plus fréquentable.

Le 1er mai 2001, j’ai obtenu un appartement social à Nantes.

À l’époque, je buvais encore terriblement.

Chaque matin, au réveil, comme un drogué, il me fallait ma dose pour ne pas trembler.

Je précise que j’en étais arrivé à devoir ajouter de l’alcool à 90 ° dans mon café du petit déjeuner…

Bon moment

Deux ans plus tard, un matin, alors que mon fils me rendait visite, il m’a dit une phrase toute simple, presque anodine : “Je viens de faire mon footing…

Quand il est reparti, je me suis effondré. J’ai pleuré toutes les larmes de mon corps.

Je n’étais même plus capable d’aller courir avec lui.

Cela a fait tilt dans mon esprit.

Bien sûr, il m’avait dit cette phrase des dizaines de fois auparavant.

C’est seulement ce matin-là que je l’ai entendue pour la première fois.

Je ne peux l’expliquer.

C’était le bon moment.

En quinze jours, sans médicament, je me suis arrêté de boire et de fumer.

J’en étais tout de même à 40 cigarettes quotidiennes.

Je suis retourné au café, j’ai commandé un petit noir et bu de l’eau claire.

Je suis allé m’acheter des baskets, les moins chères que j’ai trouvées.

Au début, je marchais tout simplement le long de l’Erdre.

Chaque matin, j’allais dorénavant trottiner quelques minutes.

Je respirais un air nouveau, mon corps se métamorphosait, j’étais sauvé.

Finalement, je me suis dit que la course à pied était la seule chose que je savais bien faire lorsque j’étais jeune.

Survivant

Il m’a fallu trois ans avant d’atteindre l’un de mes objectifs : courir 10 km en 58 minutes.

Entre-temps, bien sûr, j’ai perdu 30 kg, sans régime, simplement en ne buvant plus une goutte d’alcool. 

Aujourd’hui, je sais que j’ai eu beaucoup de chance.

Tous mes copains de bar, sans exception, qui avaient entre 35 et 55 ans, sont morts précocement.

Il ne reste que moi… 

Je n’ai heureusement aucune séquelle de ces années sous l’emprise de la boisson.

Chaque matin, je cours entre 10 et 12 km.

J’ai participé à trois marathons.

Mon cœur, qui battait à 78 pulsations par minute, est descendu à 44.

Je suis un survivant. Je le sais.

Comme je le dis souvent en rigolant, je n’arrive même plus à m’enrhumer en hiver.

Et j’ai fait mienne cette phrase de Gainsbourg : “L’alcool ne conserve que les cornichons !”

J’ai retrouvé mes émotions, je suis à nouveau capable de sentiments.

Je sais qu’on ne peut jamais revenir en arrière.

Je reste conscient d’avoir gâché une partie de mon existence. 

Alors, le temps qui me reste, je souhaite en profiter pleinement, loin des tourments de l’addiction et des vapeurs d’alcool.

Je suis si content d’être simplement vivant ! »
 

A lire : Des foulées pour renaître,
de Jean-François Lajeunesse,
éd. Coiffard, 15 €.

Alicia COMET

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