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Jean-Jacques Fasquel (Paris) : “Je passe mes vacances dans des fermes bio”

Publié le 12 mai 2019

Plutôt que de bronzer idiot, cet ex-directeur de centre commercial donne des coups de main à des agriculteurs. Une bouffée d’air qui lui permet d’enrichir ses compétences.

«Je ne me souviens plus ni quand ni comment j’ai entendu parler du Wwoof, ce système d’origine anglaise qui permet de passer quelques jours dans une ferme biologique pour en découvrir le quotidien. Sans doute était-ce au moment où j’ai choisi de changer de vie. Pendant des années, j’avais exercé différents métiers avec passion pour finir directeur de Bercy Village, un centre commercial à ciel ouvert parisien.

Mais lorsque le glas de mes 40 printemps a sonné, j’ai commencé à me poser des questions sur le sens de la vie, sur le pic pétrolier, l’empreinte écologique, le réchauffement climatique. Je lisais beaucoup, regardais des documentaires, allais à des conférences. Puis, j’ai commencé à prendre de nouvelles habitudes en matière d’alimentation, électricité, habillement, gestion des déchets… 

En parallèle, j’ai également changé de métier pour devenir maître-composteur, une activité de consultant et formateur qui me permet notamment d’aider tous ceux qui le souhaitent (collectivités, quartiers, écoles, immeubles…) à installer des composteurs pour réduire leurs déchets. 

Ma réflexion a également touché ma conception des congés. Un jour, je me suis dit qu’au lieu de bronzer idiot, je ferais mieux de donner du sens à mes vacances et j’ai commencé à m’intéresser au Wwoof (World wide opportunities on organics farms, qui se traduit littéralement par « opportunités mondiales dans des fermes biologiques »). 

Lancé au début des années 70 en Angleterre, ce système permet à ceux qui le souhaitent de plonger dans la réalité de l’agriculture biologique. Vous donnez un coup de main au paysan, qui vous offre le gîte et le couvert en échange. Le tout sans lien de subordination ni rémunération et en fonction des aptitudes et envies de chacun. Au fil du temps, ce concept a fait des émules dans le monde entier. 

Pour moi qui souhaitais comprendre comment il était possible de vivre de l’agriculture biologique et comment cette économie fonctionnait, c’était une réelle opportunité. D’autant plus que je cherchais à parfaire mes connaissances techniques en maraîchage mais aussi en apiculture depuis que j’avais mis en place un jardin partagé. 

J’ai donc décidé de tenter l’aventure durant l’été 2011. Je voulais en profiter pour aller en Bretagne et c’est ainsi que j’ai mis le pied sur l’île de Bréhat (Côtes-d’Armor). Désherbage, binage, récolte mais aussi vente au marché… l’expérience fut très formatrice. Cerise sur le gâteau, j’ai aussi découvert des hôtes accueillants et si sympathiques que j’ai eu envie de renouveler l’expérience.

Depuis, quasiment chaque été, je me rends dans une nouvelle ferme. À part une expérience aux États-Unis et une en Catalogne, j’ai choisi de rester en France. À quoi bon prendre l’avion et partir loin quand l’exotisme se trouve parfois à quelques kilomètres ? J’ai vécu des moments extraordinaires. Je me souviens encore de la sensation incroyable que j’ai éprouvée en mettant les mains dans le caillé tiède pour fabriquer du fromage et de l’excitation que j’ai ressentie la nuit où j’ai participé à la transhumance de ruches éclairées à la lumière des phares du camion ! 

À chaque fois, j’ai rencontré des gens passionnants qui m’ont beaucoup appris. Certains, comme Louis, près de Rennes, m’ont fait découvrir les environs, d’autres m’ont emmené voir des concerts ou des pièces de théâtre. Bien sûr, je ne tarde pas trop à m’endormir le soir mais quel bonheur ! 

Certains Wwoofeurs retournent au même endroit, moi, au contraire, je change à chaque fois. Pourtant, des liens assez forts se sont tissés. J’ai accueilli à mon tour certains de mes hôtes qui étaient montés à Paris. J’ai aussi aidé un apiculteur à créer ses dépliants et autres outils marketing qui lui ont permis de mieux faire connaître son miel. 

La majorité des gens qui pratiquent le Wwoofing ne le font qu’une fois ou deux. Parfois ce sont des étudiants qui veulent voir du pays mais le plus souvent il s’agit de personnes qui veulent changer de vie. Cela leur sert alors de formation et de test pour valider une installation future dans ce métier.

Mais j’ai aussi croisé des quinquagénaires et des sexagénaires simplement heureux de se sentir utiles, de faire de nouvelles rencontres et de changer d’air. Je ne sais pas si je continuerai encore longtemps mais mon prochain séjour devrait avoir lieu dans une ferme lombricole qui élève des vers de terre destinés à manger une partie de nos déchets. Cela me servira à approfondir ce sujet, proche de mon métier de maître-composteur. Ensuite, j’ai prévu d’aller chez un brasseur… »


Carnets de woofing - partager le quotidien des fermes bio,
de Jean-Jacques Fasquel, éd. Terre Vivante, 10€

Julie BOUCHER

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