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Jérémy Dheilly : “Avec maman, on a couru le marathon ensemble !”

Publié le 21 juillet 2018

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Pendant 42 kilomètres, cet étudiant de 22 ans a poussé sa mère souffrant d’une sclérose en plaques dans un fauteuil adapté. Ils ont franchi la ligne d’arrivée de Sénart main dans la main !

«Quand on a franchi la ligne d’arrivée, maman a fondu en larmes.

Moi, je cherchais mon souffle et je l’ai embrassée, sous les applaudissements des spectateurs présents.

Mon père était venu nous soutenir, ma sœur aussi.

On était tous fiers d’avoir pu relever ce défi en famille…

Il y a quatorze ans, ma mère s’est réveillée un matin sans pouvoir bouger.

Le diagnostic des médecins a été sans appel : maman souffrait d’une sclérose en plaques et devrait changer ses habitudes au quotidien.

De mon côté, je me suis mis à courir et à me spécialiser dans les longues distances.

Il y a un an, après avoir déjà couru deux marathons à Sénart et obtenu de bons temps (4 h 18 la première année, puis 3 h 50 en 2017), j’ai eu l’idée de partager cette course avec ma mère malade.

Au début, ça lui a fait un peu peur bien sûr. Elle ne voulait pas être un boulet pour moi. Et puis, un marathon, c’est long, très long : plus de 42 km…

Au fil des mois, je l’ai convaincue d’y participer. Maman et moi, nous sommes très proches et j’avais envie de partager les émotions liées à cette course, elle qui ne peut plus courir depuis longtemps.

On nous a prêté un fauteuil conçu pour les parcours de longues distances. Il est léger.

Maman est assise en position un peu allongée, et moi, je la pousse.

On ne s’est pas trop entraînés, à vrai dire. Mais on était motivés !

Aller au bout !

Sur ligne de départ le 1er mai dernier, à Tigery (Essonne), nous sommes plus d’un millier de participants.

J’ai le dossard numéro 1118 et maman le numéro 1249. à 9 h du matin, il fait presque froid.

Près de nous, notre chiropraticienne s’active pour manipuler maman quelques minutes avant le top du départ.

Et nous voilà lancés.

Jusqu’au vingtième kilomètre, je me sens bien.

Nous sommes encouragés par les spectateurs. Des groupes de musique nous soutiennent le long du parcours.

Je vois les kilomètres défiler lentement.

Et puis, à partir de là, tout devient très dur. En poussant le fauteuil, mes bras ont tendance à se crisper.

Ah, j’aurais dû écouter les conseils de mon père qui me disait de faire un peu de musculation avant l’épreuve !

Etre avec maman dans cette course me booste.

En courant, je me dis que je ne suis pas seul, qu’on est deux, qu’il faut que j’accélère pour ne pas y passer toute la journée !

Il faut qu’on finisse vite pour soulager ses souffrances à elle. à deux reprises, nous faisons une petite halte pour que la chiropraticienne vienne masser maman.

L’idée d’abandonner n’est pas dans mes habitudes et ne m’a pas effleuré.

L’important n’est pas le temps qu’on mettra mais d’aller jusqu’au bout.

Et puis, on est tellement encouragés par les autres concurrents, les bénévoles et même la police !

La dernière ligne droite est en vue, à Combs-la-Ville. Dans un ultime élan, je passe à côté du fauteuil et saisis la main de maman pour qu’on franchisse la ligne d’arrivée ensemble.

Je suis tellement heureux pour elle.

Bonheur

Cet exploit, c’est le mien, bien sûr, mais c’est aussi et surtout le sien.

Avec du recul, je me rends compte qu’on a fait quelque chose d’unique ensemble.

Partager de tels moments entre une mère et un fils est inoubliable.

Après la course, elle m’a avoué que pour elle cela avait été 4 h 47 de liberté.

Elle avait presque envie de recommencer.

Mon père était fier aussi. Encore une folie de Jérémy, disait-il !

Il faut profiter de la vie, même quand on est malade.

Je lui ai montré que l’on pouvait faire quelque chose de “grand” lorsqu’on est atteint de sclérose en plaques.

Et puis, quel bonheur de pouvoir profiter en famille de ces instants précieux !

La maladie ne doit jamais être une fatalité.

C’est une raison de plus pour reprendre les rênes de son existence.

Dans la vie, un chemin se ferme parfois devant nous, mais d’autres peuvent s’ouvrir et nous procurer encore du bonheur… »

Alicia COMET

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