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“Johnny, c’est l’homme de ma vie”

Publié le 28 juin 2013

de Erwan, île de Molène (Finistère)

Ce fan a attrapé le virus à 10 ans. Son idole lui a coûté cher : de l’argent, des histoires d’amour ratées. Mais quand on aime…

« L’été dernier, lorsqu’il a eu des ennuis de santé, j’ai reçu entre cinquante et cent coups de fil, par jour, de fans inquiets. Cela agaçait mon frère et ma mère, car les clients n’arrivaient pas à joindre l’hôtel pour réserver une chambre. Qu’importe ! J’ai pris le temps d’écouter tout le monde car, à travers Johnny Hallyday, les gens parlent d’eux.  Cela fait quarante ans que je réponds au téléphone. Je suis président du fan-club de Johnny dans le Finistère, que j’ai créé en 1976 sur l’île de Molène. Les bureaux se situent dans l’hôtel-restaurant le Kastell an Daol tenu par ma famille.

Ma passion pour l’Idole des jeunes a commencé quand j’étais gamin. Je devais avoir 10 ans. À l’époque, je donnais un coup de main dans le bar de mes parents et dès qu’un nouveau 45 tours de Johnny sortait, je le mettais dans le juke-box. Résultat : il n’y avait plus que du Jojo. Les clients commençaient à en avoir marre. Du coup, j’ai demandé à mes parents d’acheter un deuxième juke-box qui, lui aussi, a été rapidement contaminé. Je venais d’attraper le virus Johnny Hallyday.

Mes parents m’ont laissé faire. Mon père était concentré sur son boulot, et ma mère me comprenait. Jeune, elle avait été fan d’Elvis Presley. Elle a bossé un an aux États-Unis, à Tampa, en Floride. Un jour, alors qu’elle faisait le plein d’essence dans une station-service, elle a vu arriver une longue limousine noire. Une porte s’est ouverte, et Elvis Presley est sorti de la voiture. Ma mère a failli s’évanouir. Elle m’a souvent raconté ce qu’elle avait éprouvé ce jour-là : une joie indescriptible. Alors elle m’a laissé assouvir ma passion et accepté que les deux établissements se transforment en musée. J’ai environ 2 000 pièces : affiches, guitares dédicacées, silhouettes grandeur nature, paires de chaussures…

Rencontres

Johnny m’a coûté cher. J’ai dépensé beaucoup d’argent pour lui et ma passion dévorante m’a fait perdre pas mal de petites copines. Je ne leur accordais pas assez d’attention. Elles avaient raison mais je ne regrette rien car grâce à lui, j’ai eu une belle vie. Il m’a aidé à devenir un homme et m’a permis de rencontrer des gens intéressants avec qui j’ai partagé des moments de fraternité. Christophe Miossec, Alain Souchon, Olivier de Kersauson, Yvan Le Bolloc’h sont des potes et des habitués de mon restaurant, qui est un passage obligé pour les fans. Certains viennent ici en pèlerinage. Il y en a même qui passent juste pour déposer un objet.

Cette année, un type m’a donné une cravate en soie que Johnny avait jetée dans la salle lors d’un concert en 1962. Il l’avait depuis cinquante ans et voulait qu’elle soit exposée dans mon pub. C’est la pièce la plus chère à mes yeux… avec mes livres d’or qui se remplissent au fil des années. Il y a des anecdotes méconnues du grand public qui pourraient faire l’objet d’un livre, si j’avais le temps. Un monsieur a écrit un jour : “En 1968, Johnny faisait une tournée en Afrique. Un gamin de 15 ans s’est fait renverser par une voiture dans la ville où il se produisait. Il a offert la recette du concert aux parents pour payer les frais médicaux.” Un autre raconte que son grand-père, patron d’une boîte de spectacle aux États-Unis, avait refusé de faire venir Johnny quand il avait appris qu’il cassait les fauteuils.

J’ai la chance de l’avoir rencontré une bonne douzaine de fois. En 2006, lors du Festival des vieilles charrues, on a discuté pendant deux heures, juste lui et moi. On a parlé de musique mais surtout de bouffe. Johnny est un fin gourmet et l’idée de venir déguster mon ragoût de homard dans mon restaurant le tentait bien. Hélas, il n’a jamais pu venir à Molène. À chaque fois, le temps était trop mauvais pour faire la traversée depuis Brest. Même en hélicoptère… J’ai toujours pris ça pour un signe. Je devais aller à sa rencontre.

Délires

Grâce à lui, j’ai voyagé. Sans lui, je crois que je n’aurais jamais quitté mon île. Je suis allé à plus de deux cents concerts, dont le mythique spectacle au Casino-Hôtel l’Aladdin à Las Vegas en 1996. Pour certains, c’était le seul et unique voyage de leur vie. Ils étaient là pour le voir chanter et pour partager avec lui ce rêve fou.

Seul Johnny est capable de nous entraîner dans de tels délires. Il se réinvente à chaque fois. Et ce n’est pas fini. Il va encore nous surprendre. Parole de fan ! »

Propos recueilli par Lola Vauban

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