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Jonathan Drutel, Lyon (Rhône) : “Grâce à ma double greffe, je n’ai plus de limites !”

Publié le 1 mai 2019

Malgré sa mucoviscidose et ses transplantations du cœur et des poumons, cet homme de 34 ans a accompli un “Ironman” : 3,8 km de natation, 180 km à vélo et un marathon de course à pied !

«En 2009, j’ai été transplanté du cœur et des deux poumons. Une opération rare mais vitale pour moi qui suis depuis la naissance atteint de mucoviscidose. Durant la première année qui suit l’intervention, on se sent fragile forcément. Il ne faut pas contracter de virus, ni d’infection. Mais j’ai eu la chance de ne pas subir de complications postopératoires.

La magie commence en salle de réveil, où je m’aperçois que je peux respirer sans assistance. Ma vie va changer radicalement. Même si je sais à ce moment-là que rien n’est gagné.

Je reprends le sport un mois et demi après l’intervention en faisant du ski nautique sur le Rhône, puis je m’élance à nouveau sur les pistes de ski des Alpes. Un bonheur car j’avais dû tout arrêter deux ans auparavant. Je n’ai aucun signe de rejet. Mon cœur va bien, mes poumons aussi !

Mon premier souhait est de terminer mes études d’ingénieur que j’ai entamées. Et je réapprends à mener une vie normale, avec le cœur et les poumons d’un autre. Au fil des mois, je rencontre des personnes qui me donnent envie de me dépasser, de me lancer des petits défis comme reprendre la course. Au début, c’est super dur. J’ai des douleurs articulaires dans les jambes. Pas l’habitude, tout simplement. Et puis, la course à pied, tout le monde le sait, c’est très ingrat. Je sens alors que j’ai besoin d’avoir un objectif en tête pour progresser dans mes entraînements.

Je me mets tranquillement au vélo, parcourant d’abord dix puis vingt, puis trente kilomètres d’affilée. D’autre part, je sais nager, mais je n’ai jamais vraiment fait des longueurs en piscine. Avec quelques amis, je me lance le défi de gravir le mont Ventoux à vélo : 20 km de montée sur un dénivelé de 1 600 mètres ! En 2016, lors de cette ascension et à mon grand étonnement, tout se passe très bien. Je termine la course sans poser le pied à terre.

Prochaine étape : courir le marathon de Paris au milieu de près de 50 000 personnes ! Le but est d’arriver au bout, peu importe le temps. À l’inscription, il est évident que je ne sais pas du tout si je vais parvenir à l’accomplir, si mon corps, même entraîné, va suivre… C’est aussi ce qui me plaît : ne pas connaître l’issue du défi que je m’impose.

Je me mets ensuite en tête de faire un triathlon. Je commence même à espérer pouvoir un jour tenter l’épreuve mythique et ultime : l’­Ironman, une compétition qui consiste à nager 3,8 km, faire du vélo sur 180 km et courir 42 km… Mentalement, je sais que j’en suis capable. Je ne lâche pas. Physiquement, bien entendu, il faut que je redouble d’attention : je suis diabétique, atteint de mucoviscidose et souffre d’insuffisances rénales et pancréatiques… Il me faudra amener progressivement mon corps à faire face à tant d’efforts. Je m’entraîne en piscine deux à trois fois par semaine. Et je grille les étapes. Je m’engage dans une course intermédiaire, le “Natureman”, qui est en fait un “demi-Ironman”. Mais le jour où je m’inscris, je n’arrive à nager que vingt-cinq mètres en crawl, pas plus ! Je sais que ce défi est complètement au-dessus de mes forces. Mais je vais pourtant y arriver…

Accompagné d’une coach (Alexandra Louison), cette fois, je me prépare au défi ultime : l’Ironman de Nice, qui se déroule chaque année, fin juin. La veille du 27 juin 2018, je ressens plein d’émotions et me pose de multiples questions, dont celle-ci : un an d’entraînement suffira-t-il pour que j’y arrive ?

Après la première épreuve de natation, je me sens bien, pas trop épuisé. Mais il faut enchaîner avec le vélo. Après les 180 km effectués sur le bitume, je n’ai plus de jambes. Exténué, je dois encore courir un marathon dans la foulée. Un exploit que je vais pourtant réaliser sous les applaudissements de la foule. Quel souvenir mémorable !

Et comme j’y ai pris goût, je viens de m’inscrire à un autre Ironman, en Allemagne (à Roth), le 7 juillet prochain. J’ai besoin de me lancer ces défis et cette année, je sais aussi que je peux échouer… tout près du but ! »


Ironman, éd. Mareuil, 19€.

Alicia COMET

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