France Dimanche > Témoignages > « Justice pour mon “Papy“ tué par un chauffard »

Témoignages

« Justice pour mon “Papy“ tué par un chauffard »

Publié le 3 mai 2012

Celui qu'elle considérait comme son grand-père est décédé dans un accident de la route. Le responsable de sa mort court toujours, mais cette jeune fille fait tout pour que justice soit faite.

"L'homme que j'ai toujours appelé “Papy“ n'était pas mon grand-père. Je n'ai même aucun lien de parenté avec lui. C'était notre voisin, il habitait l'appartement en dessous du nôtre. Après le divorce de mes parents, j'avais pourtant pris l'habitude de passer mes fins d'après-midi, après l'école, chez ce brave retraité et sa femme. Il remplaçait un peu mon père, parti sans donner de nouvelles.

Il surveillait mes devoirs, me faisait réviser mes leçons, et jouait avec moi à des jeux de société. Il rendait aussi parfois de menus services à ma mère. Et lorsque je suis tombée dans la cour de récréation et qu'il a fallu me conduire à l'hôpital pour me faire une radio du poignet, c'est “Papy“ qui nous a accompagnées maman et moi. Nous sommes partis tous les trois dans sa voiturette sans permis. Le destin était en marche.

C'est sur le chemin du retour - les radios n'avaient rien indiqué de grave et j'étais autorisée à rentrer à la maison - que le drame s'est produit. Dans un virage, une voiture nous a percutés par l'arrière. Éjectée du véhicule, je me suis retrouvée dans le fossé, mon grand-père était à côté de moi. Ma mère, elle, grièvement blessée rampait sur la route pour nous rejoindre. Chaque mouvement lui arrachait une grimace de douleur. Jetant un coup d'œil en direction de la voiture qui venait de nous rentrer dedans, j'ai vu une silhouette jaillir côté conducteur, et s'enfuir en direction de la forêt toute proche. Avais-je bien vu ?

“Papy“ s'occupait de Jennifer comme si elle avait été de sa famille !

Je n'ai pas eu le temps de me poser de question. Deux véhicules de pompiers, alertés par un motard, sont arrivés. Ma mère a été aussitôt évacuée. Puis ils se sont occupés de “Papy“, qui ne semblait avoir qu'une blessure au front, et de mon arcade sourcilière ouverte. Pendant qu'on me donnait les premiers soins, un vieil homme, l'air désolé, est venu expliquer aux pompiers qu'il était le responsable de l'accident. J'ai repensé à la silhouette fuyant dans le bois, mais le secouriste à qui j'en ai parlé ne semblait pas m'entendre.

On nous a conduit à l'hôpital. Là, les médecins ont découvert que mon “Papy“ souffrait d'hémorragies internes et l'ont placé en coma artificiel. Placée chez mes grands-parents maternels, je me faisais un sang d'encre pour lui. Ma mère, malgré la gravité de ses blessures, était tirée d'affaires. “Papy“ en revanche était toujours plongé dans un coma profond. Une semaine est passée, et puis le téléphone a sonné. J'ai vu ma grand-mère blêmir d'un coup. J'ai compris qu'il se passait quelque chose de grave. Elle a raccroché, s'est tournée vers moi. Ses yeux étaient pleins de larmes, alors j'ai compris. J'ai couru jusque dans la chambre, je me suis jetée sur mon lit et j'ai pleuré, longtemps, longtemps...

Je n'ai pas pu assister à ses obsèques, c'était au-dessus de mes forces. Ce n'est que quatre ans plus tard que j'ai réussi à surmonter mon chagrin pour me rendre sur sa tombe, où je retourne depuis régulièrement. Je lui parlais comme s'il pouvait m'entendre, lui racontant ma vie, lui disant combien il me manquait. Comme un dernier pied de nez du destin, le chauffard qui lui avait pris la vie était mort  trois jours avant son procès.

Trois ans sont passés ainsi, et puis un jour, alors que je sortais du cimetière, un jeune homme s'est approché de moi. Il portait un jean baggy, avait le crâne rasé et une cicatrice à la joue. “Je voudrais vous parler“, m'a-t-il dit. Intriguée, je lui ai demandé de quoi il souhaitait m'entretenir. Il m'a répondu : “De l'accident... C'est moi qui étais au volant, j'avais 17 ans et en plus j'avais bu. C'est pour ça que mon grand-père s'est accusé à ma place. “ D'un coup, toute la scène me revenait en mémoire : ce garçon, c'était la silhouette que j'avais vue disparaître dans la forêt. Il a ajouté : “Pardon, je suis désolé“, avant de s'éclipser.

Ses remords, je m'en moquais bien. J'ai remué ciel et terre pour qu'on rende justice à mon “Papy“. Je suis même allée trouver la police... On m'a expliqué que la seule solution était que le garçon vienne se livrer. Hélas, j'ai appris qu'il avait quitté la région et vivait désormais à l'étranger. D'après ses proches, après m'avoir exprimé ses remords, il ne souhaitait pas aller plus loin. Mais moi, je ne pouvais pas en rester là, j'avais envie de crier à l'injustice au monde entier.

C'est pourquoi j'ai commencé par faire un petit montage vidéo, avec des commentaires qui racontent l'histoire de mon “Papy“. Ensuite j'ai lancé une pétition en ligne. Je ne baisserais jamais les bras : je lui ai promis sur sa tombe que justice lui serait rendue."

Pour signer la pétition de Jennyfer, allez sur le site www.mesopinions.com, et tapez « Hommage à mon papy décédé à cause d'un chauffard ivre » dans le moteur de recherche.

Propos recueilli par Cyril Guinet

À découvrir

Sur le même thème