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Témoignages

“L’état a fermé notre maternité : j’ai accouché en voiture !”

Publié le 14 juin 2013

Nathalie, Valréas (Vaucluse)

Alors qu’elle se rendait dans un établissement situé à une heure de chez elle pour donner naissance à son enfant, cette maman a perdu les eaux…

« En 2002 et 2004, quand j’ai accouché de mes deux premiers fils, j’habitais à quelques kilomètres de Valréas. À cette époque, la maternité de cette ville fonctionnait encore, et lorsque j’ai perdu les eaux, je n’ai mis qu’un quart d’heure pour m’y rendre. Romain et Albin sont donc nés dans de bonnes conditions d’hygiène et de sécurité. En août 2009, cette maternité a fermé : les autorités sanitaires ont jugé que les 331 naissances annuelles étaient insuffisantes. Résultat : pour accoucher, les futures mamans de la région devaient alors se rendre à Montélimar, qui se trouve à plus d’une heure de route !

Impensable quand on sait qu’en France, une maternité doit obligatoirement se trouver à moins de quarante-cinq minutes de distance du domicile de la future maman ! Heureusement, cette situation n’a pas eu de répercussions sur la naissance de mes deux jumeaux, Charlotte et Damien, nés en octobre 2011. Hospitalisée avant le terme à Montélimar, justement, pour des petits problèmes de grossesse, j’étais déjà sur place au moment de l’accouchement.

Cette situation ne s’est malheureusement pas reproduite pour mon dernier enfant, Olinka ! Quand je suis tombée enceinte, l’éloignement de la maternité de Montélimar ne m’a pourtant pas inquiétée : tous mes précédents bébés étaient nés plusieurs heures après les premiers signes d’accouchement, et je pensais que j’aurais largement le temps de faire le trajet avant de la mettre au monde. Le 3 mars dernier, à 3 heures du matin, lorsque j’ai commencé à ressentir de sérieuses contractions, c’est sans aucun affolement que j’ai demandé à mon ami David de m’accompagner à cette maternité, pendant que mon mari resterait avec mes autres enfants.

Le temps qu’il me rejoigne, soit environ trente minutes, David et moi étions sur la route. Au début, tout s’est bien passé : les contractions ne se sont pas intensifiées, et je ne souffrais pas trop. Mais au bout d’une cinquantaine de minutes, alors que nous n’étions pas encore arrivés, elles ont redoublé de violence, devenant de plus en plus rapprochées, jusqu’au moment où j’ai réalisé que je ne pouvais plus attendre ! J’allais accoucher dans l’instant !

Danger

“Gare-toi !, ai-je crié à mon ami. Mon bébé arrive !” Ensuite, c’est allé tellement vite que je n’ai même pas pu paniquer. Je me souviens juste du crissement des pneus sur le bas-côté de la route. Je revois David quitter son siège conducteur pour venir à mon secours, et j’ai carrément senti Olinka naître entre mes cuisses ! J’ai d’ailleurs juste eu le temps de m’allonger sur la banquette arrière de la voiture avant qu’elle ne me tombe littéralement dans les mains, en quelques secondes, presque sans douleur !

Tout de suite, je l’ai emmaillotée dans le pantalon de jogging que je portais, pour la protéger du froid en attendant les pompiers, que mon ami s’était empressé d’appeler. Ils sont très vite arrivés sur place, et j’ai eu l’impression qu’ils n’en croyaient pas leurs yeux ! “Vous avez accouché toute seule ? Dans la voiture ? Au bord de la route ?”, m’ont-ils demandé, incrédules, avant de couper le cordon et de m’emmener en ambulance jusqu’à la maternité de Montélimar. Très ému, David était en larmes !

Aujourd’hui, Olinka se porte comme un charme : elle mange bien, a pris du poids et a grandi de pas mal de centimètres ! Mais je ne suis pas dupe : si elle est en bonne santé, c’est aussi parce que je n’ai eu aucune complication au moment de l’accouchement. En revanche, si j’avais eu la moindre hémorragie ou un bébé qui se serait mal présenté, nécessitant l’intervention urgente d’un médecin, l’issue aurait pu être dramatique. Sur ce bord de route, privée de toute assistance médicale, j’aurais pu perdre mon enfant et mourir !

C’est pour cette raison que j’ai décidé de porter plainte contre X pour “mise en danger de la vie d’autrui” et de militer aux côtés du Collectif des futures mamans, qui s’est créé localement. Il faut absolument que l’État remette en service la maternité de Valréas, dans les plus brefs délais. De toute façon, ce ne serait que justice puisque la loi l’exige ! Avec notre avocat, Me Jacques Pertek, nous nous battrons jusqu’au bout pour obtenir gain de cause.

Ainsi, nous éviterons peut-être qu’une femme enceinte de la région soit, comme moi, de nouveau obligée d’accoucher dans des conditions indignes de notre époque, faute d’avoir une maternité assez proche et qu’un “drame de la naissance” coûte la vie à un nouveau-né et à sa maman ! »

Propos recueilli par Thierry Lopez

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