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“La CAF a suspendu mes droits et je me retrouve sans revenus”

Publié le 4 décembre 2015

Atteinte d’une maladie incurable invalidante, les aides que Lucie Carrasco recevait ont été supprimées. Sans ressources, elle se bat pour récupérer ses allocations.

« Les médecins m’avaient condamnée à mourir à 3 ans. Aujourd’hui, à 34 ans, je peux dire que j’ai déjoué leurs pronostics. Je souffre d’une maladie incurable invalidante et évolutive, une amyotrophie spinale qui fait fondre mes muscles. Je n’ai jamais pu marcher et ne parviens plus à me servir de mon bras gauche. J’arrive à manger, à me maquiller, à dessiner mais pas à me coiffer, me coucher, me doucher, ou prendre soin de moi seule. J’ai besoin d’une aide de 6 à 8 heures par jour.
Je ne suis pas près de guérir, pourtant la caisse d’allocations familiales (CAF), qui me verse une allocation adulte handicapée, mon seul revenu mensuel, a suspendu mes droits sans même m’en avertir. Ces 799 € me permettaient à peine de payer mon loyer et de manger, mais là je me retrouve endettée. Le plus effrayant, c’est que mes différents interlocuteurs ne parviennent pas à me donner le motif de ce revirement. Certains me disent que c’est peut-être parce que je suis maintenant en concubinage. Mais Jean est au chômage et nous devons vivre avec ses 900 € d’allocations !

"Je n’ai pas demandé à venir au monde avec cette maladie mais j’aimerais vivre dignement au lieu d’avoir l’impression d’être une voleuse."

Cette décision s’ajoute à celle de la maison départementale du handicap qui a décidé, il y a trois ans, de cesser de me verser les 3 600 € [correspondant à la prestation de compensation du handicap qui lui était réglée mensuellement, ndlr] qui me servaient à payer une assistante à domicile. Pire, on me réclame 77 000 € de trop-perçu ! Malgré mes appels et mes courriers, je n’ai jamais réussi à obtenir un rendez-vous qui me permettrait de m’expliquer.

Depuis la suspension de ces aides, je me débrouille avec une infirmière, qui passe 1 heure par jour, des amis et le soutien de mon fiancé qui, du coup, n’a pas le temps de chercher de travail.
Je n’ai pas demandé à venir au monde avec cette maladie mais j’aimerais vivre dignement au lieu d’avoir l’impression d’être une voleuse. Je suis une battante, qui ne passe pas ses journées à se lamenter. Mais aujourd’hui, je suis en colère et ressens une grande fatigue. Je demande juste à retrouver mes droits, pas de résider dans une institution, comme me le suggèrent certains. Je veux vivre libre, avoir un toit et manger. Créatrice de mode, je dessine pour les stars depuis que je suis toute petite. Les voir défiler sur les tapis rouges m’a toujours fait rêver. À force de ténacité, j’ai réussi à rencontrer Eva Longoria ou Shakira, pour qui j’ai réalisé des robes. Mais impossible pour une personne handicapée sans ressources d’obtenir un prêt et donc de lancer son entreprise qui permettrait de gagner de l’argent… Je me retrouve dans une impasse.
Désespérée, pour expliquer l’absurdité de ma situation j’ai réalisé deux vidéos que plus de 10 000 personnes ont déjà vues. J’ai lancé un appel à l’aide au président François Hollande mais, à ce jour, je n’ai toujours pas reçu de réponse. La CAF me propose une médiation que j’ai acceptée mais ce ne sera pas avant début décembre, et je ne sais pas si je pourrai obtenir l’aide qui m’est due à titre rétroactif.

"Je suis prête à entamer une grève de la faim si je n’obtiens pas gain de cause."

Une pétition a été lancée [sur change.org, ndlr] et une cagnotte ouverte. Grâce à la générosité d’amis et d’inconnus, nous avons récolté près de 800 €. De quoi rester sereine en novembre. Si je suis touchée par la bonté de ceux qui m’ont donné de l’argent, je suis aussi très gênée, car ce n’est pas à eux de m’aider, c’est à l’État de remplir son rôle.

Je suis prête à entamer une grève de la faim si je n’obtiens pas gain de cause. J’ai un nœud à l’estomac et me force déjà à manger, alors ce ne sera pas difficile de cesser de me nourrir, même si les répercussions sur ma santé risquent d’être dramatiques. S’il le faut, je le ferai malgré tout, car je ne peux pas continuer à vivre comme ça, je suis à bout de forces physiques et mentales. »
 

Julie Boucher

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